Les cavaliers rappelés à leurs responsabilités d’employeurs vis-à-vis des grooms
Les cavaliers de saut d’obstacles sont sortis satisfaits de la session du Forum des sports consacrée à la révision quadriennale du règlement international de leur discipline, lundi après-midi à Lausanne. En effet, ils ont visiblement été entendus par les dirigeants de la Fédération équestre internationale dans leur volonté d’échelonner les sanctions en cas de trace de sang décelée sur les flancs des chevaux en sortie de piste. En revanche, ils ont été rappelés de façon presque unanime à leurs responsabilités d’employeurs vis-à-vis des grooms, qui revendiquent des horaires et conditions de travail plus soutenables.
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Garantir un repos adéquat est essentiel pour le bien-être, la sécurité et les performances des chevaux, des athlètes, des soigneurs et des officiels. Bien que cette question ait déjà été débattue par les parties prenantes et dans la presse, il est difficile d’établir une politique équitable et cohérente en raison des exigences et des différents programmes des événements disputés en plein air et indoor. Lundi à Lausanne, la discussion a mis en évidence la difficulté de trouver un équilibre entre programme sportif attractif, bien-être des chevaux et conditions de travail des grooms. “Nous nous attachons à écouter les besoins et souhaits de toutes les parties prenantes. La construction du programme constitue le cœur de notre métier, et le bien-être des participants une priorité”, a assuré Irene Verheul, organisatrice du CHI-W d’Amsterdam. “Cependant, le programme doit aussi être attractif pour les cavaliers, le public et les sponsors. Par ailleurs, nous sommes soumis à des règles émanant des autorités nationales et locales. Le temps de location des halles étant nécessairement limité, nous ne pouvons satisfaire toutes les demandes, mais faisons au mieux pour mettre le jumping en soirée et le dressage en journée, par exemple.”
Lucy Katan, directrice exécutive de l’Association des grooms internationaux, a livré un message très fort à l’attention des autres parties prenantes du sport. “Normalement, les épreuves internationales devraient s’achever au plus tard à 23h, mais cette règle n’est pas respectée, y compris dans les événements phares de la FEI (on pense notamment au CSIO 5* de Barcelone, dont la dernière édition avait essuyé de sévères critiques, ndlr). Si cela se produisait dans deux ou trois concours par an, nous pourrions nous en accommoder, mais c’est presque systématique en automne et en hiver. Dans ce contexte, on ne compte plus les cas d’épuisement et de burn out, et nous perdons beaucoup de grooms écœurés par les conditions d’exercice de ce métier. Certains achèvent leur journée de travail deux heures après la fin des épreuves. Hélas, le travail matinal (parfois contraint par des horaires très restrictifs d’usage des carrières de travail, ndlr) ne peut être remis à plus tard. La FEI pourrait déjà décréter que seuls les trois premiers cavaliers soient invités à cheval aux remises de prix d’épreuves nocturnes. Travailler dix-huit heures par jour n’est pas tenable, et il y a souvent moins de six heures de repos garanties. C’est pourquoi nous devons absolument agir pour protéger nos grooms et les chevaux qu’ils chérissent.”
“Hélas, ces réalités prévalent dans toutes les activités événementielles, et il est nécessaire d’adapter les charges de travail”, a très calmement répondu Irene Verheul. Comme elle, plusieurs interlocuteurs ont souligné la responsabilité des cavaliers, en tant qu’employeurs, de développer des solutions aidant leurs grooms à gérer ces longues et exigeantes journées de travail. En tenant compte des temps de conduite nécessaires pour convoyer les chevaux sur les terrains de concours, puis les ramener aux écuries peu après la dernière épreuve, il semble de plus en plus évident que les cavaliers d’élite, notamment durant la saison indoor, devront consentir à constituer des binômes de grooms. “C’est une grosse dépense supplémentaire, qui ne sera pas évidente à financer pour tous, mais ils demeurent responsables de leur personnel”, rappelle Henrik Ankarcrona, sélectionneur national de l’équipe suédoise, dont le propos a été appuyé par François Mathy, président du Club des cavaliers internationaux de saut d’obstacles (IJRC). “Ce sera encore plus dur, sinon irréaliste, pour les cavaliers concourant en CSI U25, 2* ou 3*”, a justement objecté Eleonora Ottaviani, directrice de l’IJRC et de l’Académie des Jeunes Cavaliers (YRA).
L’une des solutions proposées consiste à créer des programmes plus tenables en regroupant les épreuves d’un même label sur quelques heures plutôt que de les répartir sur toute la journée. Il a également été suggéré d’imposer des heures de fin strictes, afin de garantir un repos suffisant aux grooms et aux chevaux. Dans l’ensemble, si la mise en œuvre d’une règle peut constituer une partie de la solution, la nature multidimensionnelle du problème semble exiger un effort de collaboration pour parvenir à des solutions pratiques et efficaces.
Mieux protéger les chevaux de cinq, six et sept ans
La discussion sur les épreuves dédiées aux Jeunes Chevaux, âgés de cinq, six et sept ans, a porté sur les restrictions de hauteur, les barèmes (contre la montre ou à temps optimal), la structure générale et le caractère éducatif et/ou compétitif des CSI YH. La discussion s’est concentrée sur la formation adéquate des équidés, en soulignant que l’éducation et l’entraînement devraient primer sur la compétition et l’appât du gain. “Il y a un business autour des épreuves Jeunes Chevaux, avec certains animaux poussés à la performance”, a osé Henrik Ankarcrona. “Je ne suis pas sûr que ce soit bien. Peut-être faudrait-il limiter le nombre de concours par an et par cheval? À mon avis, voir tant de cavaliers traverser l’Europe avec des chevaux de cinq ans pose la question de l’intérêt d’organiser des épreuves internationales pour cette génération. Mieux vaudrait éduquer les cavaliers à former correctement leurs chevaux à la maison et dans des concours locaux. La question de juger ces épreuves au chronomètre doit également être posée. En Suède, barrages ont été remplacés par un système de notation des prestations.”
“Le but de ces épreuves est de former des chevaux, donc il importe toujours de bien faire. Aux Mondiaux de Lanaken, par exemple, bien des chevaux sont poussés plus loin qu’ils ne le devraient. C’est pourquoi je suis favorable à l’abandon des épreuves Jeunes Chevaux jugées au barème A et au chronomètre”, argue François Mathy. “Moi, j’emmène des jeunes au Sunshine Tour, par exemple, et j’y effectue des parcours de travail sans les pousser, donc je suis favorable au maintien des CSI YH.”
D’autres points ont été soulevés, notamment la nécessité de recueillir des données statistiques sur la fréquence à laquelle les chevaux de cinq ans participent à des épreuves internationales, et d’élaborer un programme de formation pour les cavaliers de niveau inférieur afin de favoriser la longévité de la carrière des équidés. Des initiatives telles que le contrat de la FEI avec l’université de Bristol, qui étudiera l’évolution de la carrière des jeunes chevaux, ont été jugées intéressantes dans la définition d’un modèle plus durable. Il a aussi été convenu que les règles nationales et internationales devraient être alignées de manière appropriée afin de mieux garantir le bien-être de ces animaux.
Quels minima imposer aux couples visant les CSI 3*, 4* et 5*?
Actuellement, les fédérations nationales sont responsables de la validation des demandes de participation des couples aux compétitions internationales, mais il n’existe pas de système standardisé de qualification en saut d’obstacles, contrairement à ce qui a cours en concours complet et en endurance. L’adoption d’un tel dispositif permettrait de mieux s’assurer que les couples sont correctement préparés et expérimentés pour le niveau auquel ils aspirent à concourir… et sans doute d’éviter des accidents ou de grosses fautes d’équitation que le public n’a pas envie de voir. Il en va du bien-être et de la sécurité des chevaux comme des cavaliers.
Jessica Kürten, représentant les cavaliers au conseil d’administration de la FEI, a fait valoir qu’acheter un cheval de qualité supérieure ne devrait pas permettre aux cavaliers d’accéder directement à des CSI 5*. Au lieu de cela, ils devraient donc gravir les échelons grâce à un entraînement approprié, sous le contrôle des fédérations nationales. Si un système structuré peut contribuer à maintenir une concurrence loyale et à guider le travail des entraîneurs privés, il a été souligné que sa mise en œuvre serait complexe. “J’attire votre attention sur les disparités régionales. En Amérique du Sud, il y a très peu de concours, pas toute l’échelle des labels et peu de mouvements possibles d’un pays à l’autre. Il y a aussi des circuits nationaux avec de bonnes épreuves jusqu’à 1,50m, comme au Brésil”, a ainsi objecté Cesar Hirsch. “Ce serait très dur à mettre en place en Amérique centrale et du Sud. En revanche, nous pourrions liée la participation au Grand Prix de ces CSI à un score maximal dans la ou les qualificatives”, a proposé Daniela García Nigaglioni, secrétaire de la Confédération panaméricaine.
“En Suède aussi, nous avons des épreuves nationales à 1,50m, mais elles ne sont pas aussi techniques que des Grands Prix CSI 3* ou 4*. Les fédérations nationales doivent trouver le bon système avec le soutien de la FEI”, a déclaré Henrik Ankarcrona. “Aujourd’hui, les fédérations nationales ne peuvent pas refuser les invitations de cavaliers venant directement des organisateurs. À l’avenir, un juste système de qualification leur permettrait de refuser les demandes qui devraient l’être”, a livré François Mathy Jr. “À ce sujet, on ne présentera rien au vote de l’assemblée générale cette année. Il faut prendre le temps de créer quelque chose s’adaptant à toutes les réalités, dans le respect du sport”, a temporisé Todd Hinde, le directeur du service jumping de la FEI. “Nous pourrions inclure les épreuves nationales en impliquant les bons chefs de piste FEI dans le contrôle de la technicité des parcours”, a proposé Quentin Simonet, conseiller technique national de la Fédération française d’équitation et deuxième vice-président de la Fédération équestre européenne. “J’entends qu’il faille tout mettre dans la balance, mais n’attendons pas quatre ans de plus. Même si ce nouveau système n’entre pas en vigueur le 1er janvier 2026, nous devrions en faire adopter le principe par l’assemblée générale”, a-t-il conclu.