“Julien Épaillard a encore prouvé qu’il est l’homme le plus rapide de la planète”, Rodrigo Pessoa
Triple vainqueur de la finale de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles avec son inoubliable Baloubet du Rouet de 1998 à 2000, Rodrigo Pessoa suit ce point culminant de la saison indoor, qui se déroule ce week-end en Suisse, à Bâle. Le champion olympique brésilien donne son éclairage sur le premier des quatre actes, qui s’est déroulé hier au barème C, avec en conclusion une victoire des Normands Julien Épaillard et Donatello d’Auge.
Le bilan de l’acte 1
“Étant donné que la piste est très petite, il est très difficile de proposer un parcours d’un style très différent, avec des options. Les deux qu’il y avait étaient incontournables, il ne s’agissait d’ailleurs pas vraiment d’options. Il était donc un peu joué d’avance que l’épreuve manquerait de rebondissements. Il n’y a pas eu de grande surprise, mais la suite va être intéressante. Compte tenu de la taille de la piste, le chef de piste Gérard Lachat a réussi un bon travail, car il y a eu des fautes un peu partout, j’ai trouvé cela bien dosé. Il a de l’expérience en indoor (le Suisse officie également au CHI de Genève, ndlr), nous devrions voir une belle épreuve demain.”
Les Américains n’envoient pas l’artillerie lourde
“Cette année, les meilleurs Américains ne sont pas au rendez-vous, si ce n’est Lillie Keenan (troisième après la première épreuve avec Kick On), qui évolue à un très bon niveau, ainsi que Katherine Dinan, qui a pas mal d’expérience (onzième après ce barème C avec Out of the Blue SCF, elle participe à sa sixième finale de Coupe du monde, ndlr). Les autres sont des jeunes venus prendre de l’expérience et qui ne créeront aucune surprise (les États-Unis comptent huit engagés après le forfait de Laura Kraut, ndlr). Le véritable match ne concernera que l’Europe cette année. Je crois que les dimensions de la piste (mesurant 66 x 40m, ndlr) pour cette finale ont refroidi beaucoup de monde cette année, moi y compris. J’aurais bien voulu y participer, mais la taille de cette arène complique l’équation pour pas mal de chevaux.
Nous voyons que la Fédération équestre internationale (FEI) veut ouvrir les portes à de plus en plus de nations, mais la réalité est que les Européens sont dans le wagon de tête, avec un ou deux Américains, et que le reste de monde patauge. Monter en indoor sur une telle piste et avec une technicité pareille n’est pas donné à tout le monde, et la difficulté va être de plus en plus grande dans les jours qui viennent. C’est très compliqué, le contrôle doit être parfait, ce qui met en évidence le fossé entre l’Europe occidentales, les deux meilleures Américaines, et les autres. Pour couvrir la largeur des oxers, la vitesse ne suffit plus, il faut de l’impulsion, et ce n’est pas la même chose. Par ailleurs, les Américains n’ont pas l’habitude de monter en indoor, car les concours de qualification se déroulent pour la plupart sur d’immenses pistes extérieures, ce qui est un peu antinomique. Pour cette raison, je pense que peu d’Américains s’imposent désormais (la Coupe du monde a été soulevée onze fois par des représentants du Stars and Stripes en quarante-trois éditions de la finale, ndlr) car ils n'ont pas l’habitude de monter sans vitesse dans des arènes couvertes. Cela change énormément la donne.
Malgré tout, il s’agit toujours d’une belle finale. Même si quelques Américains manquent à l’appel, les meilleurs Européens sont là avec de bons chevaux. À domicile, Édouard Schmitz a signé un bon parcours (qui lui a permis de se placer neuvième à ce stade avec Gamin van’t Naastveldhof, ndlr), tandis que Martin Fuchs a commis une faute dont la responsabilité lui revient complètement (Leone Jei n’a pu couvrir un oxer en début de parcours après un abord très proche, ndlr). Ils ont deux bons représentants, peut-être pas en lice pour la victoire, mais ils sont solides.”
Julien Épaillard et les autres
“Concernant Julien Épaillard (qui a remporté l’épreuve avec Donatello d’Auge, ndlr), ses chevaux sont habitués à aller à une telle vitesse. Il a encore prouvé qu’il est l’homme le plus rapide de la planète. C’est un talent naturel, on ne voit pas ses actions, contrairement par exemple à Lillie Keenan, dont le parcours a été moins fluide. Julien monte ainsi tous les week-ends. L’exercice est plus délicat pour certains, mais lui excelle vraiment dans ce registre. Reste désormais à savoir s’il restera l’énergie et la force à son cheval pour réussir trois bons parcours. Sur ce plan, les autres ont peut-être un avantage, car leurs chevaux ont possiblement un peu plus de moyens. En tout cas, dans un barème C comme celui-ci, il y a toujours neuf chances sur dix qu’il gagne, car personne ne sait aller vite comme lui. Quant à Kevin Staut, il a réussi un bon parcours, qui le place pour le moment cinquième (avec Visconti du Telman, ndlr), ce qui lui laisse toutes les portes ouvertes.”
Les résultats
Le parcours
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La réaction de Julien Épaillard en vidéo
La réaction de Julien Anquetin
La réaction de Kevin Staut
La réaction de Lillie Keenan
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