Avec ses Prodiges, le Selle Français a orchestré un bel événement “trois en un”
Le Stud-book Selle Français a mis sur pied un événement en trois actes plutôt réussi du 11 au 13 décembre au Pôle hippique de Saint-Lô, où se sont enchaînés le testage monté des mâles de trois ans approuvés, le championnat de France des mâles de deux ans et un nouveau rendez-vous nommé Lignées de Prestige, qui a regroupé vingt-cinq femelles de trois ans à la génétique remarquable.
Leader du classement des stud-books de saut d’obstacles édicté par la Fédération mondiale de chevaux de sport (WBFSH), le Selle Français continue à écrire son roman national. Ainsi, ses dirigeants ont décidé de muscler le dernier événement d’élevage de l’année 2025, débutée en février ici même, au Pôle hippique de Saint-Lô, par le Salon des étalons de sport. Intercalées entre les présentations de cinquante-six mâles de trois ans et cinquante-huit engagés de deux ans, vingt-cinq femelles SF observées au modèle puis au saut en liberté ont pris place dans cet événement à travers un nouveau rassemblement baptisé Lignées de prestige. L’objectif était de valoriser à la fois leur génétique et leur potentiel sportif, sans pour autant produire de classement comme dans un championnat.
L’enchaînement de ces trois séquences n’a pas été sans rappeler que les finales Selle Français des mâles de deux et trois ans formaient déjà, il y a quelques années à la mi-octobre, l’événement phare d’un triptyque fédérateur nommé Journées Selle Français, mêlant un CSI 3* indoor, les ventes NASH et l’approbation des meilleurs mâles SF. Depuis, bien des choses ont évolué et le calendrier de sélection des étalons SF s’est transformé. Autrefois programmées en début d’été, les qualificatives se tiennent depuis 2019 en automne. Au nombre de sept cette année, elles ont rassemblé quatre cent quarante-huit chevaux, soir dont cent soixante de trois ans et deux cent quatre-vingt-huit de deux ans. Du 11 au 13 décembre, ce nouveau Rendez-vous des prodiges en a donc été le point d’orgue.
Trente-trois mâles de trois ans approuvés définitivement
Le rendu du testage des mâles de trois ans, également dénommé sortie de testage, a compté cinquante-six engagés venus chercher une approbation définitive pour reproduire en Selle Français. Dix-sept d’entre eux, provisoirement autorisés à saillir en 2025 grâce à un agrément obtenu à deux ans, avaient l’obligation de participer au testage prévu ce 11 décembre pour confirmer définitivement leur approbation. Tous ont passé cet examen avec succès. Au terme de dix journées de travail, de relâchement et de mise en confiance, les candidats de trois ans ont montré de l’application pour enchaîner un petit parcours et livrer de toutes premières indications sur leur potentiel. Ce n’est qu’un instant “T” dans le long cursus de formation de ces jeunes reproducteurs destinés à mener de front sport et reproduction.
Cet examen de passage a donné lieu à des quotas de vingt et un approuvés labellisés “Espoirs” et de douze “Très Prometteur”. Le podium s’est resserré autour du champion Melting Meni Charm, issu du BWP Pegase van’t Ruytershof et de la SF Beetlejuice Grim par Tinka’s Boy. Cet alezan, approuvé provisoirement en 2024, s’était déjà fait remarquer à la huitième place du championnat des deux ans. Il est né dans La Manche chez Émilie Loisel, qui l’avait cédé foal au Groupe France Élevage. Fils du réputé Comme il Faut 5, Pegase van’t Ruytershof concourt en CSI 2* et 3*. Il se distingue cette saison dans les concours d’élevage du Selle Français avec un deux ans et quatre trois ans qualifiés en finale des Prodiges. Il est même le père le plus représenté de la génération des “M”. Pégase est aussi le père de La Libellule, sacrée championne de France des quatre ans en septembre à Fontainebleau et acquise par Éric Navet. La lignée maternelle de Melting Meni Charm a été notée 8/10. Elle révèle des indicés à haut niveau d’où émergent notamment Dahlia Manciaise (ISO 164/99, Schérif d’Elle), qui a lancé la carrière en Grand Prix d’Aymeric de Ponnat, et son fils Mel d’Argences (ISO 167/11, Quick Star), gagnant en CSI 5* avec l’Australienne Edwina Tops Alexander. On retrouve plus loin l’étalon performer Si Tu Viens (ISO 174/96, Uriel), sacré champion d’Europe Juniors avec Julien Épaillard (1996). Il s’agit de la lignée d’Almé.
Également approuvé, Marioupol BRL (SF, Stakkatol, Old x Burggraaf, Holst) a été distingué vice-champion de France. Il appartient aussi au GFE, qui a donc réussi un doublé. Marioupol est élégant et bouge très bien. Sa mère est la fameuse Rubélia (ISO 165/18), née à Jullouville (Manche) chez Bernard Leport, éleveur discret mais omniprésent en concours d’élevage. Créditée d’un capital sympathie exceptionnel en Normandie, Rubélia a propulsé Axelle Lagoubie sur les podiums de nombreuses épreuves internationales grâce à une complicité rare, étroitement liée à Romain Bourdoncle, coach et mentor de la cavalière à l’époque. Rubélia est aussi la mère de Black’n Roll (Rock’n Roll Semilly), indicé 157 cette année. La troisième place est revenue à Monaco de Riverland (SF, Brasil de Riverland et Estoria de Riverland par le chef de race sBs Nabab de Rêve), né en Charente pour le compte de Mickael Varliaud, régulièrement primé sur les podiums des concours d’élevage grâce à un cheptel de jeunes très sélectionné. Monaco est le premier produit d’une mère qui n’a que onze ans et dont l’origine maternelle tire ses racines de la Bavaroise Praeludium (Pilot), sa troisième mère, génitrice de l’étalon Oldenbourgeois L’Arc de Triomphe.
Melting Meni Charm (SF, Pegase van’t Ruytershof x Tinka’s Boy) est sorti victorieux du testage.
© Les Garennes/Selle Français
Trente approuvés de deux ans
Les cinquante-huit mâles engagés de deux ans ont été scrutés avec attention samedi. Cette génération compte désormais trente approuvés SF qui vont pouvoir saillir dès 2026. Le Holsteiner Diarado et le Mecklembourgeois Chacoon Blue sont les pères les plus représentés parmi cette génération, avec quatre poulains chacun. Pour autant, ils se font voler la vedette par la production du KWPN Grandorado, dont les trois fils présentés ont été approuvés, à commencer par Napoléon, sacré champion de France des deux ans avec une note de 17,57/20. Le beau bai a été très apprécié par les juges du stud-book, qui ont récompensé un quinté de tête resserré évalué entre 17,57 et 17,33 pour le cinquième. Napoléon (Grandorado et Ho Vive par Andiamo Semilly), a été présenté par son naisseur Thomas Carlile, établi dans la Sarthe. Il provient de la belle lignée maternelle du regretté Upsilon (ICC 165, AA), quatrième meilleur père de gagnants internationaux en concours complet, né pour sa part chez Mapie et Patrick Sisqueille, dans le Gers. Napoléon a fait sensation au saut en liberté, montrant beaucoup d’aisance à l’obstacle, une locomotion souple et aisée, de l’énergie et un format séduisant plutôt dans l’air du temps, c’est-à-dire suffisamment moderne et pas trop épais avec du sang. Ce prometteur animal sera-t-il orienté vers le concours complet ou le saut d’obstacles? “J’ai plutôt imaginé ce croisement en pensant au jumping”, souligne son complétiste de naisseur, “mais il semble assez polyvalent comme l’était Upsilon, doté d’un beau coup de saut, alors nous aviserons.”
Naclot de Tanrev (SF, Chaclot, Old et Vison d’Iscla par Modesto, KWPN) né pour Jacob Vernat près du Château de Loches, en Indre-et-Loire, est un vice-champion plein de force, mais n’est sans doute pas le plus élégant avec son format solide. Repéré par les spécialistes, son père va sans doute encore gagner en notoriété à seize ans. En Touraine, la souche de Naclot s’épanouit aussi grâce à la célèbre Signora (ISO 146/13) de l’élevage d’Iscla. Elle est très confirmée puisque c’est celle de la très réputée Javotte D, à l’origine de tant d’excellents du Château. Au troisième rang, les juges ont placé No One Else Farmer (Canturo, Holst et Rhapsody Farmer par Kento), né chez Lydie Guillou, dans l’Eure, et crédité d’un bon 17,43/20. Il provient d’une lignée maternelle de laquelle ressort surtout Very Special Farmer (ISO 144/16) et Isola Dan, qui a sauté 1,60m. Son grand-père maternel est Kento, connu pour être associé à Alexandra et Jean-Pierre Ledermann, qui ont confié avec succès bien des chevaux à Tony Hanquinquant.
Ce Rendez-vous des prodiges a donc donné lieu à un focus appuyé à la voie mâle du SF. Si quelques femelles triées sur le volet se sont jointes à cet événement, pour lequel le stud-book se mobilise sans compter, convenons que cette mise en valeur de la voie femelle est de nature à agrémenter judicieusement l’ensemble du dispositif et à nourrir la fréquentation du site. Pas si simple… Les éleveurs et les observateurs sont pourtant friands de ce type d’événements qui rythment une saison, favorise les échanges, notamment sociaux et commerciaux, et incarne le rôle d’organisme de sélection du stud-book SF, catégorisant et promouvant ses meilleurs sujets. Le stud-book éditera prochainement des informations précises sur les approuvés, qui vont intégrer le programme Jeune Génétique Avenir.
L’épizootie d’artérite virale qui sévit actuellement en France n’a en rien perturbé la tenue de ce rassemblement si l’on en croit Pascale Cadiou, président du stud-book Selle Français: “À aucun moment il n’a été question de remettre en cause l’événement. Toutes les précautions nécessaires ont été prises. Tous les chevaux étaient négatifs lors des tests effectués avec la plus grande rigueur.” L’ensemble de la filière reste mobilisé sur ce sujet sensible à l’aube de la saison de monte.
La liste complète des étalons approuvés à l’issue du testage
La liste des mâles approuvés de deux ans
Le programe complet de l’événement
Toutes les prestations du Rendez-vous des Prodiges sont disponibles à la demande sur GRANDPRIX.tv
Sacré champion des deux ans, Napoléon (Grandorado x Andiamo Semilly) a ravi son naisseur Thomas Carlile, qui le montera peut-être dans quelque temps.
© Les Garennes/Selle Français
