À chaque cheval sa manière de voyager
Sans conteste, le transport d’un équidé peut être source d’inquiétude pour des propriétaires. Il semble donc intéressant de prendre le sujet à bras le corps en adaptant le mode de transport au profil de chaque cheval afin qu’il voyage dans les meilleures conditions. À l’heure où le bien-être animal apparaît central, permettre à son partenaire de voyager en toute sérénité l’est tout autant. En ce sens, des solutions concrètes et adaptées existent pour apporter confort et sécurité, sans compter sur les nombreuses innovations du secteur. La morphologie, le tempérament, l’âge ou encore l’état de santé sont autant de points d’attention sur lesquels il est possible de s’adapter.
“Comment embarque-t-il? Voyage-t-il bien?” Autant de questions au moment même de l’achat d’un cheval. De fait, tout cavalier a déjà été confronté au transport de sa monture, pour se rendre en concours, changer d’écurie ou encore se balader. Plusieurs options sont alors envisageables en fonction de la situation, du budget, du nombre de chevaux et de leur morphologie.
Pour transporter un équidé, trois types de véhicules existent: les vans tractés, les petits camions VL ou encore les camions poids lourds. Les premiers ont l’avantage d’être plus abordables que les camions, tant à l’achat qu’à l’entretien. Sans compter qu’il est possible d’utiliser son véhicule seul une fois dételé. Attention toutefois, car selon le poids tracté, un van exige plus souvent qu’on ne le pense la possession du permis B96 ou BE. À l’inverse, un camion deux places ne nécessite pas de permis particulier (sauf si le poids total autorisé en charge ou PTAC du véhicule dépasse 3,5 t), et les chevaux y voyagent en sens inverse de la marche, plus agréable pour eux. À ce sujet, une étude sur l’orientation la plus confortable pour un équidé pendant le transport (Padalino et al, 2012) révèle que la position dos à la route ne modifie pas les paramètres physiologiques par rapport à l’analyse des chevaux au box. L’observation montre davantage de mouvements chez ces derniers lors d’un trajet, comparativement aux deux autres positions. De fait, les chevaux voyageant perpendiculairement à la route ont ressenti une fatigue musculaire plus importante que les autres, tandis que la position dans le sens de la marche a généré davantage de stress.
Outre ces données, le choix entre un van et un camion dépend également de l’aspect financier. “Ce dernier est incomparable. Assurance, entretien et contrôle technique sont des charges fixes, en plus de son prix d’acquisition. Outre son coût, le van présente l’avantage de pouvoir rester sur le parking du concours pour rejoindre son hôtel ou ses amis en ville avec sa voiture. Il peut également servir de remorque pour aller chercher des balles de fourrage ou tout autre matériel pouvant être facilement chargé par le pont ou la porte arrière. En réalité, pendant le transport, les vans et les camions présentent beaucoup de similitudes dans leur conception (ventilation, séparation, suspensions, etc.n ndlr), la seule différence notable restant la longueur de l’ensemble routier”, explique Gaëlle Thorpe, chargée de communication chez Cheval Liberté.
Enfin, choisir son mode de transport peut aussi dépendre des temps de trajet, la notion de confort s’appréciant d’autant plus sur les longues distances. “Un grand modèle de van sera plus adapté aux longs trajets, car le cheval aura davantage d’espace et sera donc plus à l’aise. À l’intérieur, le volume d’air sera plus important, ce qui aura pour conséquence une meilleure récupération”, indique Laurent Wattebled, gérant d’une concession Ifor Williams à Frévent, dans le Pas-de-Calais.
Moduler pour mieux transporter
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© Théault
Van ou camion, c’est la modularité du produit qui séduit. Pour des raisons pratiques, il est plus avantageux de pouvoir aménager l’intérieur de son moyen de transport plutôt que d’en changer. Ce que confirme Vanessa Gau, directrice commerciale chez Théault: “Nous proposons différentes options pour nos véhicules, car nous travaillons dans toutes les disciplines. Qu’il s’agisse de cavaliers ou d’entraîneurs de courses, tous n’ont pas les mêmes besoins. De fait, nos produits sont hyper flexibles et adaptables aux profils des chevaux transportés selon leur morphologie, mais aussi en fonction du mode d’utilisation. Notre système Switch, breveté en 2018, permet de transporter son cheval avec une barre de poitrail ou en stabulation. Grâce à son système de modularité, il peut s’adapter à tout type de morphologie et de tempérament, sans avoir à faire de choix définitif entre un aménagement stalle ou classique. Un poney et un grand cheval doivent pouvoir se sentir à l’aise dans un espace adapté à leur morphologie, car chaque équidé a ses préférences pendant le transport.”
Cette innovation, qui s’étend à de nombreux constructeurs, fait le bonheur des cavaliers, qui investissent bien souvent dans un mode de transport qui ne servira pas qu’à un seul individu. Piquet de chevaux qui se renouvelle régulièrement, cotransport entre amateurs, ou encore déplacement d’une poulinière suitée: la possibilité de moduler son véhicule de transport représente un avantage non négligeable. Et c’est encore mieux quand l’aménagement se fait rapidement et simplement. “Le bat-flanc de notre camion repose sur un système de rails fixées sur la cloison, permettant de le faire coulisser sans forcer. Pour notre remorque, il s’agit d’un système de pivotement de deux cloisons de séparation de même dimension. Le pivotement du système permet, là aussi, d’adapter l’habitacle sans forcer. Nos composants sont à base de carbone et de Kevlar, apportant solidité et rigidité, afin d’éviter qu’un cheval ne traverse les parois et se blesse en tapant. Notre priorité est d’éliminer au maximum les risques d’accidents et de blessures durant le transport”, indique Olivier Théault, dirigeant et fondateur de MTM.
La sécurité étant évidemment un point essentiel, voire prioritaire, à prendre en compte lors d’un trajet, l’adaptabilité s’impose comme un paramètre important. Un voyage pouvant constituer un moment particulièrement stressant pour le cheval – favorisant ainsi des risques de blessures ou de troubles respiratoires et / ou digestifs –, l’attention portée à sa sécurité et à son confort est une première étape vers un voyage serein. C’est pour cette raison que de nombreux cavaliers se tournent vers des intérieurs dits en “stalle”, le cheval voyageant comme s’il était en box. Ceci empêche, par exemple, les interactions impromptues et les tentatives d’évasion. “L’immense majorité de nos produits proposent un intérieur dit en stalle. C’est très sécurisant, car cela permet aux chevaux de ne pas être en contact les uns avec les autres, et donc de ne pas s’énerver ou se chamailler durant le trajet. Ils sont séparés au niveau de la tête par une porte entière. Même si cette configuration a d’abord été pensée pour les entiers ou les jeunes chevaux, les cavaliers professionnels et amateurs l’adoptent aujourd’hui pour cet aspect sécuritaire. Toutefois, les séparations sont réglables sur trois niveaux, ce qui permet d’ajuster l’habitacle à une poulinière suitée, par exemple. Depuis deux ans, nous proposons cette finition sur nos poids lourds, car elle offre davantage de place aux chevaux. Pour les cavaliers qui partent pour des tournées de compétitions ou qui voyagent sur de longues distances, cela offre davantage de confort à leurs montures”, développe Brice Andres, commercial pour SRM Vans Raynaud.
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© Shutterstock
Pouvoir moduler son véhicule de transport à partir d’une base standard pour convenir à divers profils de chevaux est une bonne nouvelle. Concrètement, cela donne quoi? Voici quelques exemples et conseils prodigués par des experts du secteur. Précision: ces présentations de cas de figure partent du postulat qu’il s’agit de chevaux éduqués et suffisamment sociabilisés pour ne pas représenter un danger sur la route.
Isoler les entiers
Transporter un entier demande, en général, quelques ajustements afin de veiller à la sécurité de tous, surtout s’il voyage avec des congénères. La première chose à faire est d’installer une séparation pour éviter les contacts. Il peut s’agir, par exemple, d’une séparation de tête, comme l’énonce Gaëlle Thorpe, représentante de Cheval Liberté: “Une grande partie de nos vans sont équipés de larges séparations de têtes (sauf pour le modèle Gamme Gold, où elles sont optionnelles, ndlr).” Outre le transport en tant que tel, il est également possible de veiller à ce que l’embarquement et le débarquement se réalisent de manière indépendante. “Pour le transport d’entiers, nous conseillons dans le transport droit des séparations de têtes pleines, et non ajourées, qui sont plus grandes que les séparations standards et permettent d’éviter qu’ils ne se sentent. Pour les modèles Oblic, il existe des séparations de corps entièrement pleines. Aussi, nos vans proposent des systèmes de portes plutôt qu’un pont, beaucoup plus pratiques et sécurisantes. La possibilité de fermer indépendamment une porte ou l’autre évite, notamment à l’embarquement, de se prendre un coup de pied lors du chargement d’un deuxième cheval. L’embarquement et le débarquement sont donc indépendants. À l’inverse, lors de l’ouverture du pont pour le débarquement, l’un des deux chevaux peut chercher à reculer pendant que l’autre débarque, ce qui peut être dangereux, car il risquerait de passer la croupe sous la barre de recul. Avec ce système, la barre et la porte restent fermées”, atteste Jérôme Verdier, directeur commercial chez Fautras. Si isoler un entier pendant le transport peut être important (en fonction, évidemment, de son caractère), il reste essentiel de toujours avoir accès aux chevaux en cas de besoin ou pour simplement vérifier qu’ils aillent bien. “La particularité de notre remorque est de pouvoir bien isoler deux entiers à l’intérieur. Il n’y a pas de risque qu’ils se reniflent ou qu’ils deviennent trop violents entre eux. Ils sont séparés par un système de bat-flanc, du sol au plafond, avec une porte qui donne accès aux chevaux”, confirme Olivier Théault.
Rassurer les jeunes chevaux, et parer à leurs tentatives d’évasion!
Transporter un jeune cheval, surtout les premières fois, peut être source de stress et d’incompréhension, car ils sont confrontés à une nouvelle situation. Ils peuvent donc chercher à fuir ce nouvel environnement. Il est alors primordial de les rassurer et les relaxer, et d’offrir un écrin infranchissable pour éviter que le cheval ne se blesse ou se coince. “Le risque avec les jeunes chevaux est qu’ils passent par-dessus les barres de poitrail. Nous proposons un système de déverrouillage des barres de poitrail de l’extérieur pour un maximum de sécurité, mais pour transporter de tels équidés, nous orientons plutôt les clients, notamment les éleveurs, vers des vans obliques, car leur agencement annule ce risque. Pour les poulains, nous proposons une solution conçue pour éviter qu’ils puissent s’échapper par l’arrière. Des grilles sont ajoutées à l’intérieur, sur les portes arrière, au niveau des volets coulissants. Cela permet de bénéficier de l’aération sans risquer de provoquer une tentative de fuite”, argumente Jérôme Verdier. Comme pour les entiers, il est également possible d’envisager un transport en stalle pour maintenir les jeunes chevaux ou les poulains dans un environnement hermétique et sécurisant.
Poulinières suitées, faites place!
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© Fautras
Les vans 1,5 place sont spécifiquement conçus pour transporter une jument et son poulain. Imitant naturellement sa mère, son petit va la suivre aisément à l’intérieur du véhicule. L’espace doit y être suffisamment important pour que les deux voyagent confortablement, tout en permettant au poulain de rester proche de sa mère pour effectuer ses premiers voyages en toute sérénité. “Les différentes gammes de vans permettent de s’adapter à la typologie du cheval transporté, en choisissant la taille la plus adéquate. Le van 1,5 place est à l’origine conçu pour transporter une jument suitée, mais, en parallèle, il est possible d’y transporter tout type de chevaux”, indique Laurent Wattebled. Permettre au poulain de voyager correctement est essentiel, car ses premières expériences influenceront sa tranquillité pour les transports à venir. “La jument suitée représente les plus grosses contraintes, car il doit y avoir suffisamment de place pour la mère et son poulain. Il faut un véhicule tracté ou roulant avec un bat-flanc coulissant ou démontable pour avoir davantage d’espace pour le poulain”, insiste Benjamin Delegue, dirigeant de RVU.
Pour les poneys, baisser la barre mais pas les standards
Qu’en est-il du transport des équidés de petite taille face à la standardisation des modèles? Là encore, le fait de pouvoir adapter le véhicule à la morphologie de l’animal permet un transport confortable et sécuritaire. Il est, par exemple, possible de régler les hauteurs des barres et des matelassages – souvent trop hautes, car adaptées aux chevaux – pour s’adapter à des poneys. Il est également possible de retirer les barres et bat-flanc pour laisser plus de liberté et éviter que l’équidé ne se coince quelque part. Certains constructeurs proposent une gamme spécifique, à l’instar de Cheval Liberté, comme l’explique Gaëlle Thorpe: “L’Islandic est spécialement conçu pour les poneys, Shetlands et Islandais. Compact et stable, il offre un gabarit parfaitement adapté pour le transport jusqu’à six poneys de catégorie C. Sur les autres modèles de vans, les barres de poitrail et de recul sont réglables, permettant un maintien sécurisé, quelles que soient la taille et la morphologie des équidés.”
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© Cheval Liberté
Chevaux anxieux, le confort pensé du sol au plafond
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© Stephex
En plus de pouvoir adapter le transport à la taille, à l’âge ou encore au poids du cheval, il n’est pas incohérent de poursuivre la réflexion jusqu’à son émotivité. Les nombreuses innovations vont d’ailleurs en ce sens et proposent différentes options pour atténuer les situations stressantes. “Le tapis anti-fatigue participe à la relaxation d’un cheval stressé. Son avantage est double puisqu’il permet d’insonoriser l’habitacle, et il est surtout plus confortable pour les pieds des chevaux. Le fait qu’il soit plus profond permet aux chevaux de mieux se tenir et donc de récupérer plus rapidement. Le confort peut également être amélioré grâce à la luminosité. Nous proposons, par exemple, un système de plafonnier doté de lumières blanches et bleues avec réglage de l’intensité, ces dernières étant reconnues pour leur effet apaisant sur les chevaux”, relate Jérôme Verdier. La luminosité joue également un rôle à l’embarquement et au débarquement: faire en sorte que les chevaux voient clairement où ils vont les incite à monter ou à descendre sereinement. “La possibilité de débarquer son cheval par le pont avant est très confortable, car cela lui permet de sortir sans avoir à reculer, ce qui n’est pas naturel. C’est également plus sécurisant pour la personne qui se tient à ses côtés. À l’embarquement, ouvrir la porte de visite ou le volet du pont incite l’animal à monter, car l’intérieur est plus lumineux, donc moins stressant. Plus il voit ce qu’il se passe, plus il est zen. Aussi, penser aux ouvertures pendant les moments de stationnement, notamment grâce aux volets, permet à l’équidé d’avoir la tête dehors. En concours, par exemple, c’est un plus indéniable”, indique Benjamin Delegue.
Pour une sortie à la plage, rien de mieux que la location
Économiquement, transporter un équidé représente un coût, qu’il s’agisse de l’achat du véhicule, de l’entretien ou encore des adaptations. Pour certains, le recours à la location ou à un transporteur peut être plus opportun pour des déplacements ponctuels. Cette option semble, par exemple, idéale pour une sortie à la plage ou une promenade dans un autre territoire. “Depuis quelques années, nous constatons une augmentation générale des tarifs des véhicules. Le prix, pour un produit neuf ou d’occasion, peut freiner l’achat, et le recours à un transporteur professionnel peut s’avérer parfois moins onéreux, notamment sur de longues distances. Très souvent, rapporté au coût kilométrique d’un usage complet du véhicule, cela est plus avantageux financièrement. Par expérience, la location est souvent choisie par des personnes qui ne sont pas équipées et qui souhaitent se déplacer sur de courtes distances, tandis que le recours à des transporteurs professionnels se fait en moyenne au-delà de 500 kilomètres”, explique Johnatan Héraudet, fondateur de la plateforme en ligne Ogalo, spécialisée dans la mise en relation entre clients et transporteurs qualifiés et agréés.
Néanmoins, le recours à une location ou à un transporteur professionnel ne doit pas empêcher de prendre en considération les besoins particuliers de tel ou tel équidé, au contraire! En fonction de sa demande, il est possible de s’orienter vers le mode de transport le plus adapté, y compris pour des situations exceptionnelles. “Par exemple, pour les urgences vétérinaires, certains transporteurs sont équipés de portiques et de planches pour maintenir les chevaux. Certains propriétaires font également parfois face à la mort d’un équidé. Le réflexe reste l’équarrissage, mais les délais sont parfois longs ou ne coïncident pas avec les horaires souhaités. Dans ce cas précis, les transporteurs sont équipés de remorques fermées pour transporter la dépouille”, poursuit Johnatan Héraudet.
Enfin, outre le confort qu’apporte une adaptabilité presque sur mesure, demeure un point essentiel: la qualité de la conduite. Tout aura beau être pensé pour le confort et la sécurité d’un cheval pendant un trajet, si le conducteur ne s’astreint pas à un comportement exemplaire, il prend le risque de réduire à néant tous les efforts entrepris. “Transporter un équidé dans de bonnes conditions passe d’abord par l’éducation, celle de son cheval comme la sienne. Par exemple, un propriétaire pourra mettre tout en œuvre pour faire voyager sa monture dans un super véhicule, cela reste déconseillé de transporter un animal trop nerveux ou sensible. Il en va de la sécurité de tous. Et la notion d’éducation vaut également pour le chauffeur, sur lequel repose en grande partie le confort du trajet. C’est lui, le garant du transport de son cheval. De son mode de conduite et de l’entretien du matériel dépend en grande partie la qualité du transport”, conclut Laurent Wattebled.
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