“Certains de mes jeunes chevaux me font déjà rêver”, Thomas Carlile

Formateur de jeunes chevaux et cavalier de haut niveau plus que respecté, Thomas Carlile a fait le point sur l’ensemble de ses activités à l’aube de la saison 2026. Il pourra évidemment y compter sur Golden de Béliard, qui devrait disputer le CCI 4*-S de Kronenberg fin mars, tandis que son fidèle Darmagnac devrait effectuer son retour en concours complet durant l’été. Devenu père au printemps dernier, le Français entend continuer à former de jeunes chevaux et est également engagé comme coach auprès de cavaliers chinois. Fin 2025, il a également connu son premier grand succès en tant qu’éleveur.



Au printemps dernier, votre compagne et vous avez accueilli votre première fille. Comment avez-vous vécu cette nouvelle étape de vie?

Je suis un papa extrêmement heureux! Ma fille est toujours souriante et de bonne humeur. C’est un vrai bonheur de la voir grandir — et elle grandit vite — donc nous en profitons pleinement.

Golden de Béliard, votre double championne du monde des jeunes chevaux, est désormais âgée de dix ans. Quels seront vos objectifs avec elle cette saison?

Après avoir pris part au CCIO 4*-L de Boekelo (dont elle s’est classée trente-quatrième début octobre dernier, ndlr), Golden a bénéficié d’une période de repos. Elle a très bien récupéré de son premier CCI 4* avec un cross de format long. Cet hiver, l’enjeu principal avec elle est de travailler sur sa grande sensibilité. En concours, lorsqu’il y a beaucoup d’agitation, elle subit encore l’ambiance, mais il ne faut pas oublier qu’elle a disputé sa première saison à haut niveau en 2025. Elle a besoin de mûrir mentalement, de s’endurcir pour se sentir plus à l’aise dans les atmosphères de compétition. Dans cette optique, je compte l’emmener régulièrement en concours de dressage le week-end, pour répéter les reprises et la rendre plus studieuse. Techniquement, elle est au point, donc mon travail consiste à l’aider à valoriser ce qu’elle sait faire en banalisant le fait de présenter des reprises.

Elle devrait entamer sa saison de concours complet à Kronenberg (où un CCI 4*-S est prévu du 19 au 22 mars, ndlr), plutôt qu’à Saumur pour le Grand National. L’étape de Saumur offre de très belles pistes, mais l’ambiance y est particulièrement calme. À Kronenberg, les installations sont modernes, avec de grands manèges, des pistes entourées de public. C’est exactement le type d’environnement auquel je souhaite l’exposer. Traditionnellement, il y a aussi beaucoup de concurrence, ce qui est formateur. Quant à la suite de la saison, Golden est la seule monture avec laquelle je serais susceptible de viser les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, mais c’est elle qui me dira si elle est prête pour une telle échéance. Aix-la-Chapelle est un site mythique, qui fait rêver tout le monde, mais si je la sens encore fragile mentalement, je ne prendrai pas le risque de l’engager sur la voie de ce championnat. Je préfère prendre le temps nécessaire, d’autant que je n’ai aucune pression de la part de son propriétaire, Gérard Brescon, pour accélérer les choses.

Quid de Darmagnac de Béliard, que l’on n’a plus vu en compétition depuis l’été dernier?

Il a repris le travail après sa blessure survenue durant la préparation des championnats d’Europe, dont il s’est très bien remis. Il effectuera sa rentrée en concours complet cet été, mais il reprendra la compétition auparavant en saut d’obstacles.



Comment se porte Iam du Loir après sa chute survenue en octobre dernier, lors du cross du Mondial des sept ans au Lion-d’Angers?

Il va très bien. Nous nous nous sommes fait une belle frayeur à cette occasion mais nous avons été très chanceux dans notre chute, lui comme moi, et nous en sommes bien remis. En fait, elle est survenue car j’ai un peu trop accéléré et commis une erreur d’appréciation. Je savais que je pouvais jouer la victoire et Tom McEwen, avec lequel j’étais à égalité de points après le dressage, avait enregistré un dépassement de temps d’une seconde J’ai donc voulu tenter ma chance, d’autant que mon cheval saute normalement très bien les parcours de saut d’obstacles. Il était déjà très à l’aise au niveau 3* l’automne dernier, et je pense qu’il va entamer l’année lors du CCI 3*-S Kronenberg, où il se rendra aux côtés de Golden ainsi que de Jalou B d’Argance et Gucci de Hus, mes deux chevaux de sept ans, que j’engagerai dans le CCI 2*-S. En 2026, je n’ai aucune raison de mettre la moindre pression à Iam. Mon objectif est qu’il soit prêt pour les Jeux olympiques de Los Angeles, car j’aimerais pouvoir compter sur deux chevaux opérationnels le moment venu.

Comment se compose le reste de votre écurie?

J’ai un très bon lot de jeunes chevaux de complet, avec notamment de nouvelles montures de six ans qui viennent de rentrer aux écuries, ainsi qu’une belle génération de chevaux quatre ans. Même si je ne projette pas encore trop loin, certains d’entre eux me font déjà rêver. J’ai aussi des montures de cinq et six ans que l’on oriente vers le saut d’obstacles. En revanche, je n’ai plus de chevaux d’âge dédiés uniquement à cette discipline. Aujourd’hui, en avoir un seul n’a pas vraiment d’intérêt: il est difficile de le valoriser correctement. Pour que cela ait du sens, il en faudrait quatre ou cinq, afin de justifier les déplacements et le temps investi.



“Pour l’heure, j’ai presque envie de dire que l’élevage paraît facile”

Vous entraînez également des cavaliers chinois. Quel rôle jouez-vous exactement auprès d’eux?

Je suis missionné par l’équipe de Shanghai depuis trois ans dans une perspective bien précise: celle des Jeux nationaux de Chine, qui réunissent toutes les provinces, dans tous les sports, à l’image des Jeux olympiques. C’est un rendez-vous majeur pour le pays, et financièrement, il est même plus important pour les athlètes que les JO. Lors de l’édition 2025, dix équipes étaient engagés en dressage, huit en concours complet et douze en saut d’obstacles. Le niveau était intéressant: en complet, la compétition équivalait à un concours d’un label entre 2* et 3*, en dressage, les cavaliers présentaient les reprises du Petit Tour, et en jumping, l’épreuve par équipes était cotée à 1,40m voire 1,45m, tandis que les barres s’élevaient à 1,55m en finale individuelle. Trois de mes cavaliers de complet étaient également engagés en jumping, et l’une d’entre eux concourait dans les trois disciplines. Leur investissement est remarquable, et cette échéance s’est bien déroulée: ils ont très bien monté et les chevaux ont répondu présents. Par équipes, ils ont décroché une belle médaille de bronze bien méritée.

Depuis quelques années, vous êtes aussi éleveur. Êtes-vous satisfait de vos débuts dans ce domaine?

Mon élevage a été assez long à mettre en place, il a fallu être patient, mais aujourd’hui, les choses commencent à bien se dérouler et j’en suis très satisfait. La première génération de chevaux issus de notre élevage vient d’atteindre l’âge de quatre ans, et Napoléon, un fils de Grandorado TN avec une mère par Andiamo Semilly, a été sacré champion des mâles de deux ans du stud-book Selle Français en décembre dernier à Saint-Lô. Je travaille principalement avec trois poulinières. La première, Ho Vive, a huit ans. C’est une fille d’Andiamo Semilly et petite-fille de Fusain du Defey. Il s’agit d’une sœur utérine d’Upsilon et de la mère de Napoléon. La deuxième, First Lady du Destin, descendante d’Upsilon et d’une mère par Sioux de Baugy, avait été sacrée championne de France des cinq ans en complet. Ma troisième poulinière, Ginger de Béliard, est une propre sœur de Forban (vu à 1,60m avec Marie Demonte, ndlr), par Upsilon et une mère par Diamant de Semilly. Elle a également été sacrée championne de France des cinq ans en complet sous ma selle. En tant qu’éleveur, j’essaie de produire des chevaux avec du sang, capables d’être polyvalents. Pour l’heure, j’ai presque envie de dire que l’élevage paraît facile tant je suis satisfait de Napoléon et de mes deux poulains de trois ans, même si nous avons aussi connu notre lot de difficultés. En tout cas, l’avenir s’annonce intéressant dans ce domaine!



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