La nouvelle commission Jeunes dirigeants de la FFE se met au travail
Dans le cadre du programme transversal Jeunes Talents, composante du projet fédéral 2025-2028, la Fédération française d’équitation entend renforcer l’accompagnement des jeunes dirigeants d’établissements équestres à travers la création d’une commission dédiée. Lancée en décembre dernier, celle-ci a pour vocation “de rassembler et de valoriser les acteurs de moins de quarante ans qui contribuent activement au dynamisme et au développement des activités équestres partout en France”, explique la FFE.
La création d’une nouvelle commission fédérale dédiée aux jeunes dirigeants a été impulsée par le président de la Fédération française d’équitation (FFE), Frédéric Bouix, et les élus du comité fédéral. Présidée par Manon Cros, dirigeante du centre équestre d’Éculieu, dans la Loire, et placée sous la référence de Martin Guibout, élu du comité fédéral et dirigeant du Poneyland de Thiais, dans le Val-de-Marne, “elle associe pleinement la nouvelle génération à la gouvernance de la Fédération”, assure la FFE dans un récent communiqué, livré sous la forme d’un entretien croisé avec Manon Cros et Martin Guibout.
Quelle est la genèse de cette nouvelle commission fédérale?
Martin Guibout : Quand Frédéric Bouix m’a invité à rejoindre son équipe pour la présidence de la FFE, nous avons échangé sur les problématiques rencontrées par les jeunes dirigeants. Mon expérience s’est construite un peu sur le tas; on ne va pas forcément chercher les bonnes informations au bon endroit, on ne sait pas trop comment faire, c’est parfois flou… Si j’ai vécu, beaucoup d’autres ont dû le vivre. Partageant ce constat, Frédéric Bouix a souhaité donner une voix aux jeunes dirigeants, répondant ainsi à une vraie demande. On l’a vu lors de notre première réunion en décembre, nos expériences et profils sont similaires: âge à la création de l’entreprise ou reprise d’activité, avec une dizaine d’années d’activité ou moins à notre actif.
Manon Cros : Quand Mathias Hébert, référent technique sur cette thématique au sein de la direction technique nationale, et Martin m’ont proposé de rejoindre la commission, j’ai trouvé que c’était une chouette idée. Notre installation, finalement, n’est pas si ancienne, datant d’il y a six ou sept ans. Dans le parcours d’installation, il y a pas mal de choses dont on n’a pas connaissance. On rencontre des difficultés et, bien souvent, on s’aperçoit des erreurs lorsqu’elles ont été commises. Au début, on ne sait pas vers qui se tourner quand on est dans l’embarras, pour la création d’une nouvelle structure ou pour des jeunes dirigeants qui sont nouvellement installés et qui peuvent avoir des questions sur plein de sujets différents. Je souhaite que les travaux produits par cette commission soient avant tout utiles pour les aider à avancer et éviter certaines situations délicates.
En quoi est-ce important d’accompagner cette nouvelle génération de dirigeants?
Martin Guibout : Beaucoup d’institutions, comme nos comités départementaux et régionaux (CDE et CRE) ou autres comités et commission de notre filière, sont composés notamment de dirigeants, mais pas forcément de jeunes dirigeants ou peu, car ceux-ci ne connaissent pas les démarches pour s’investir, ou n’osent pas le faire. Il va forcément y avoir un renouvellement. Aujourd’hui, les intérêts sociétaux ne sont pas les mêmes qu’il y a quelques années. Les attentes évoluent alors nous devons adapter nos activités. Ces jeunes dirigeants ont une vision dans l’air du temps sur laquelle il faut capitaliser. Il faut construire la fédération de demain et cela fait sens que l’équipe fédérale renouvelée il y a un an puisse amener cette nouveauté. Nous sommes la troisième fédération française en nombre de licenciés, et devons réussir à la maintenir à ce niveau. Ce n’est pas évident face à de nombreux sports et loisirs émergents. Nous n’avons pas forcément la possibilité de copier leurs modèles, mais il faut aussi s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs. Quand on échange avec des dirigeants, certains arrivent à créer des formules qui font la différence et permettent de capter une clientèle n’ayant plus tout à fait les mêmes aspirations.
Manon Cros : Il manquait un espace pour partager facilement son expérience avec des personnes ayant rencontré les mêmes difficultés, même si c’est sur des structures totalement différentes. Nous souhaitons solliciter les jeunes dirigeants pour mutualiser les bonnes pratiques et leur apporter une aide précise. On le sait, quand on s’installe, on est beaucoup sur le terrain avec ses préoccupations, et le temps peut parfois manquer pour aller chercher des informations. Tous les jeunes dirigeants sont les bienvenus.
Qui compose cette commission?
Martin Guibout : Une vingtaine de dirigeants âgés de moins de quarante ans, environ, de tous les territoires, avec des profils variés et des activités diversifiées en poney-clubs, centres équestres, écuries de propriétaire ou encore élevages, pour ne parler que des activités équestres stricto sensu. De nombreuses personnes ont souhaité s’investir et partager sur ce sujet qui leur parle. Nous avions identifié à peu près cent cinquante jeunes dirigeants au sein de la FFE, en nous appuyant sur la performance des structures via le dossier fidélité. Le nombre de réponses et de participants à la première réunion, en visio, montre qu’il y a un intérêt; c’est encourageant pour la suite des travaux. Je pense qu’elle ne sera pas composée comme les autres commissions, avec une dizaine de membres bien définis. Je ne veux pas fermer la porte à ceux qui souhaiteraient nous rejoindre.
Manon Cros : De plus, un jeune dirigeant n’a peut-être pas autant de salariés et donc de temps à se dégager qu’un dirigeant d’un établissement qui est déjà bien en place. Il peut néanmoins faire partie de cette commission et nous faire un vrai retour d’expérience. Le but de la commission, c’est que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice, qu’on avance, qu’on crée des actions concrètes ensemble, sans que ce soit trop lourd pour les jeunes dirigeants qui souhaitent participer au projet.
La commission a été officiellement lancée en fin d’année 2025. Quels ont été les axes de travail identifiés?
Manon Cros : En décembre, nous avons effectué un tour de table. Malgré la diversité des profils – structures urbaines, rurales, écuries actives, poney-clubs, établissements orientés compétition et autres –, les problématiques soulevées convergent fortement. Nous sommes partis sur cinq thématiques larges que nous souhaitons porter en complémentarité et sans empiéter sur les travaux entrepris par ailleurs: formation et professionnalisation des enseignants et dirigeants, ainsi que difficultés de recrutement et de gestion du personnel; viabilité économique des structures; accès au foncier et adaptation aux contraintes environnementales; bien-être animal et pression sociétale; nécessité d’améliorer l’image et la représentation du secteur.
Quelles sont les prochaines étapes sur les mois à venir pour cette commission?
Martin Guibout : Nous avons demandé à chaque personne intéressée de se positionner sur trois thèmes, afin de s’approprier pleinement les sujets. L’objectif est de réfléchir à des actions réalisables rapidement. Notre volonté n’est pas d’empiéter sur les commissions déjà existantes, mais de bénéficier de la vision des jeunes dirigeants. Ils apportent un regard différent qui peut s’avérer complémentaire sur des thématiques déjà abordées, ou qui n’ont pas forcément été traitées.
Manon Cros : Au début, nous souhaitions nous rejoindre en présentiel, mais trouver des dates communes à court terme n’était pas le plus simple. L’idée n’est cependant pas abandonnée. Nous commençons déjà à travailler en distanciel par groupes sur certaines thématiques.
Martin Guibout : Je pense que cette commission sera singulière par la thématique abordée et son regard résolument tourné vers l’avenir, avec des acteurs qui débutent leur carrière professionnelle. Nous souhaitons vraiment prendre en compte la façon dont chacun souhaite travailler, pour que ce soit constructif et que nous avancions. Nous avons choisi cette démarche inversée car un jeune dirigeant ne maîtrise pas forcément les outils à sa disposition, contrairement à celui qui est installé depuis longtemps.
