Mieux vaut prévenir que guérir la tendinite

Source de douleur pour le cheval et d’inquiétude pour le cavalier, la tendinite est l’affection la plus fréquente pouvant toucher les tendons d’un équidé. Rougeur, chaleur, gonflement du membre, palpation douloureuse ou encore boiterie localisée sont autant de signaux d’inconfort qui peuvent présager d’une inflammation. Pathologie courante chez les chevaux de course et de sport, la tendinite peut influer sur leur carrière et, donc, entraîner un important impact financier pour leur propriétaire. Prudence étant mère de sûreté, il est important de prévenir l’apparition de ce mal, mais également de prendre le temps de le soigner en cas de diagnostic avéré. Tour d’horizon des bonnes pratiques.



La tendinite est causée par l’inflammation d’un tendon.

La tendinite est causée par l’inflammation d’un tendon.

© DR

On parle de tendinite lorsqu’un tendon s’enflamme, pour des raisons souvent diverses. Mais avant d’en détailler les origines, encore faut-il comprendre ce qu’est réellement un tendon et comment il fonctionne. “Un tendon est une structure fibreuse aux propriétés élastiques qui relie un muscle à un os, via des insertions tendineuses”, rappelle la docteure Amélie Tallaj, vétérinaire au Centre d’imagerie et de recherche sur les affections locomotrices équines (Cirale), pôle locomotion de l’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA). “Les tendons transmettent les forces générées par les muscles pour faire bouger les os. L’une de leurs caractéristiques est qu’ils sont peu vascularisés. Leur rôle principal est de participer au fonctionnement biomécanique du membre postérieur et antérieur.” Ainsi, il est aisé de comprendre le rôle essentiel des tendons en ce qu’ils permettent au cheval de se déplacer et d’assurer la stabilité du système squelettique. 

Alors d’où viennent les tendinites? ”Elles peuvent être d’origine traumatique, faisant suite à un choc bien identifié, par exemple. Plus fréquemment, il s’agit de tendinites de fatigue, conséquences de microtraumatismes répétés. L’activité sportive en est la cause principale, surtout chez les chevaux de sport. Les fibres qui forment le tendon vont s’abîmer progressivement et, dans certains cas, aller jusqu’à la rupture”, poursuit la spécialiste en pathologies locomotrices équines. Les tendinites peuvent également être favorisées par d’autres facteurs tels que de mauvais aplombs ou une surcharge pondérale - engendrant une répartition anormale des charges sur certains tendons -, ou encore un sol de mauvaise qualité. Véritable coup d’arrêt dans l’entraînement d’un cheval, cette lésion est la bête noire de tout cavalier. De fait, pour la prévenir au maximum, ce dernier veillera au bien-être des membres de sa monture en étant attentifs à différents points de contrôle tels que la qualité du sol, l’adaptation de l’activité, la surveillance du poids et des aplombs.



La prévention comme meilleure alliée

Pour prévenir l’apparition d’une tendinite, un suivi régulier et une observation quotidienne des membres sont primordiaux.

Pour prévenir l’apparition d’une tendinite, un suivi régulier et une observation quotidienne des membres sont primordiaux.

© Carlo Prearo/iStock

Échauffer son cheval avant un effort, la première des précautions? Oui, et c’est même essentiel, car cela permet d’étirer progressivement les muscles, les tendons et les ligaments. Pour une prévention optimale des blessures, il faut toujours que l’augmentation de l’activité soit graduelle. Les bonnes pratiques à mettre en place sont nombreuses et, surtout, d’une efficacité redoutable si elles s’inscrivent dans la durée. “Assurez-vous que votre cheval soit suffisamment en forme pour le travail que vous lui demandez en le préparant soigneusement et en utilisant un programme d’entraînement adapté”, énumère Kathryn Tuckett, vétérinaire pour Equine America. “S’entraîner sur des terrains variés est une bonne chose, mais il faut veiller à ce que le sol soit toujours sûr: ni trop profond, ni trop dur, ni trop glissant. Enfin, il faut veiller à ce que l’alimentation soit équilibrée, riche en vitamines, minéraux essentiels, acides aminés de haute qualité et antioxydants pour favoriser la bonne santé des tendons et le bien-être général.” 

Tous les acteurs interrogés s’accordent sur l’importance de l’échauffement, véritable base d’un travail pensé dans le sens du bien-être. En parallèle de la pratique sportive, des produits existent pour apporter du confort au cheval, avant ou après l’effort. C’est le cas, par exemple, de l’argile. “Les gels ou argiles rafraîchissants peuvent être utiles après l’effort pour favoriser la récupération”, poursuit Kathryn Tuckett, également nutritionniste chargée de la conception et du développement de la gamme Vet Range pour Equine America. “La nutrition peut également jouer un rôle important dans la récupération et le bien-être général. Une nutrition ciblée à base de compléments alimentaires peut être utile pour favoriser la santé des tendons. L’apport d’ingrédients tels que le boswellia et le MSM (pour méthyl-sulfonyl-méthane, ndlr), qui favorisent les processus anti-inflammatoires naturels, et des antioxydants tels que les vitamines C et E peut être bénéfique.” 

“Il est possible d’appliquer des gels à base d’arnica ou à visée anti-inflammatoire grâce aux différentes huiles essentielles qui les composent pour agir sur l’inflammation”, indique de son côté Isabelle Mémain, cogérante de la boutique de l’Arbalou et docteure en pharmacie. “Après l’effort, et en prévention, il est intéressant d’utiliser des argiles marines, reconnues pour leur efficacité, car riches en oligo-éléments. En entretien, l’apport d’un complément alimentaire à base de collagène marin et de centella asiatica permet d’agir sur l’amélioration de la cicatrisation des fibres tendineuses et ligamentaires, mais aussi sur la consolidation et le soutien des tissus conjonctifs du cheval (TendonResist). Les plantes reminéralisantes, comme l’ortie et le bambou, peuvent être utilisées dans le but d’une consolidation. Bien doucher les chevaux après l’effort de bas en haut permet également de stimuler la circulation et d’éviter les oedèmes et les engorgements.” 

Appliquer un soin à son cheval, le masser ou encore le doucher avant et/ou après une séance d’entraînement sont autant d’excellents moyens de contrôler l’état des tendons et, donc, de prévenir l’apparition de lésions. “Appliqué avant et après l’effort, le Tendonil est à administrer sous forme de massage à rebrousse poils pour que le produit s’imprègne au mieux”, complète Léonore Sellier, chargée de marque pour le laboratoire LPC. “Le fait de masser après l’effort participe à la récupération des muscles et des tendons. Nous recommandons de l’appliquer deux fois par jour pour une efficacité optimale, surtout avant un gros rendez-vous. Pour prolonger ses effets, il est possible d’en imbiber un coton propre et de le poser sous une bande de repos. Quant à la version à base d’arnica, elle stimule la circulation sanguine, ce qui a pour effet d’apaiser les douleurs et les contusions en cas de choc. Il est déconseillé d’appliquer cette version sous bande, car le produit a tendance à chauffer, ce qui dans le cas d’une tendinite serait contre-productif. Enfin, l’application d’argile favorise la récupération grâce à ses vertus anti-inflammatoires, tout en réhydratant et en apportant de la fraîcheur aux membres.”



S’armer de patience et soulager grâce au froid

L’argile propose de nombreux bienfaits dans le cas d’une inflammation tendineuse.

L’argile propose de nombreux bienfaits dans le cas d’une inflammation tendineuse.

© Sebastian Frank/iStock

L’ennemi du tendon, c’est la chaleur. Après une séance de travail intense ou une compétition, la cryothérapie peut devenir une excellente alliée pour prévenir ou soulager. “Elle peut être utilisée en traitement d’une tendinite pour la soigner et améliorer la cicatrisation, mais également en prévention. Son rôle est de refroidir le tendon. Il vaut mieux y avoir recours après l’effort plutôt qu’avant, car le froid risque d’anesthésier le membre et, par conséquent, de diminuer le seuil de douleur. Cela peut s’avérer contre-productif, car le cheval risque alors de trop solliciter cette zone, sans contrôle fiable de la douleur. D’une manière générale, l’eau froide est moins efficace que la glace, mais peut quand même être intéressante, d’autant que l’effet massage, apporté par la pression de l’eau, est bénéfique pour le tendon”, développe Amélie Tallaj. 

Visant aussi bien à soigner qu’à prévenir, la cryothérapie, issue de la médecine humaine, est une méthode de traitement non invasive permettant d’utiliser le froid de manière locale pour traiter les inflammations, soulager les douleurs et stimuler la circulation sanguine. Dans les faits, elle peut prendre la forme de guêtres de froid, de douche ou encore de dispositifs spécialisés. “En cas de tendinite aiguë, la première chose à faire est de refroidir le membre. Le suffixe “-ite” implique qu’il y a une inflammation, il faut donc lui opposer du froid. Le problème est que ce dernier n’est ni constant ni forcément régulé, ce qui implique une perte d’efficacité. Notre dispositif de cryo-compression Game Ready répond à cette problématique en réduisant l’inflammation et en accélérant la guérison. Une autre de nos machines, la Winshock, allie froid et micro-courants électriques, ce qui permet une pénétration du froid à l’intérieur du membre. Différente du froid compressif, cette méthode permet de gagner du temps”, expliquent Frédéric Cimière et Bertrand Franquet, respectivement directeur commercial de la filière animale pour le groupe Winback Europe et vétérinaire consultant pour Winback Vet. Ils poursuivent: “Qui dit inflammation, dit souvent lésion, et s’il y a lésion, il faut la réparer. Le froid calmera l’inflammation sans la soigner. Pour favoriser la reconstruction du tissu, l’utilisation de courants haute fréquence apparaît comme une solution alternative non invasive. Certes plus longue, elle offre des résultats davantage en adéquation avec le bien-être animal. Notre Tecarthérapie s’utilise après la conclusion du diagnostic par un vétérinaire. Étant partenaire de différentes fédérations françaises de sport, nous constatons que la médecine du sport est à l’affût de techniques permettant un gain de temps sur la phase de guérison, car les sportifs de haut niveau représentent des enjeux financiers importants. Cette réalité s’applique également à la sphère équestre. Le traitement d’une tendinite est essentiel, qu’il s’agisse de physiothérapie ou de traitements cellulaires ou médicamenteux.” Et de conclure: “Dame Nature fait toujours bien les choses si on lui en laisse le temps.”



Le rôle de pieds en bonne santé

Une ferrure et/ou un parage adaptés au cheval et à son activité sont primordiaux. Mal contrôlés, ils peuvent générer des contraintes trop importantes sur les tendons et provoquer des tendinites. Pour autant, leur rôle ne se limite pas à la prévention de certaines pathologies puisqu’ils interviennent également dans le traitement des tendinites. “La ferrure - pour les chevaux ferrés - et le parage sont essentiels dans la prise en charge des aplombs”, détaille Amélie Tallaj. “Il faut donc veiller à ce que la ferrure soit bien suivie de façon régulière, et à ce que les chevaux n’aient pas les pieds trop longs. En cas de tendon lésé, il est possible de mettre en place une ferrure adaptée pour soulager ce dernier pendant toute la phase de rééducation. L’équidé pourra garder la ferrure au moment de reprendre le travail. La forme du fer est choisie en fonction de la pathologie pour soulager les tensions et améliorer la rééducation. Il s’agit de jouer sur l’orientation des angles articulaires en fonction de la distribution des forces voulue. C’est vraiment une question de physique, d’où l’intérêt de poser le bon diagnostic pour s’adapter au mieux. C’est l’équivalent des semelles orthopédiques chez l’humain.” 

Une analyse soutenue par sa consoeur américaine, Kathryn Tuckett: “Un parage régulier permettra de garantir l’équilibre du pied. Un mauvais équilibre de ce dernier exercera une pression supplémentaire sur le membre et pourrait augmenter le risque de blessure. Des sabots longs et des talons bas, en particulier, exerceront une pression excessive sur le tendon.” De fait, le maréchal-ferrant joue incontestablement un rôle important, tant pour prévenir que pour guérir les tendinites. “Dans le cas d’une tendinite, son rôle consiste à travailler conjointement et en parallèle avec le vétérinaire afin que le cheval ne force pas là où il souffre. Nous devons faire en sorte que notre ferrure sollicite le moins possible la partie enflammée au moment où le cheval pose le pied au sol et que tout le système tendineux travaille. Notre job consiste à adapter la ferrure pour que le tendon abîmé, suspenseur ou fléchisseur, soit le moins sollicité possible et puisse cicatriser dans de bonnes conditions”, explique David Germain, maréchal-ferrant des équipes de France des disciplines olympiques.

Un véritable triumvirat s’organise ainsi autour du vétérinaire, du maréchal et du cavalier, tous trois oeuvrant de concert pour mettre l’équidé dans les meilleures conditions possibles. “Il est essentiel de s’adapter afin de mettre les chevaux dans le confort. C’est un travail qui se fait en étroite collaboration avec le vétérinaire et le cavalier. Différents facteurs doivent être pris en considération pour adapter la ferrure, comme l’aplomb ou le type de sol sur lequel le cheval travaille, afin qu’il force le moins possible sur sa partie faible. Aujourd’hui, la notion de confort est centrale, mais elle implique aussi de rendre les chevaux parfois plus fragiles. Le temps est le meilleur remède pour soigner une tendinite, mais à haut niveau, c’est parfois compliqué selon les disciplines, à l’image du saut d’obstacles, où les concours ne s’arrêtent jamais. C’est la gestion du planning qui fera la différence pour lui assurer la meilleure convalescence possible”, avance également celui qui accompagne les équipes de France depuis les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Et quid de la transition vers les pieds nus? “Les résultats sont bons, notamment en termes de cicatrisation pour les chevaux qui reprennent le travail pieds nus. C’est très novateur et cela a fait ses preuves. Évidemment, il faut une reprise de travail légère et progressive. Il faut rester attentif à l’état du pied. Paradoxalement, chez le cheval de sport de haut niveau, le fait d’être déferré trop longtemps peut provoquer une usure prématurée du pied et favoriser la survenue de tendinite… C’est comme pour tout: il ne faut pas tomber dans le piège des excès, mais toujours s’adapter et être capable d’alterner entre les différentes méthodes en fonction des besoins de son cheval”, conclut David Germain.

Pour prévenir l’apparition d’une inflammation des tendons, les professionnels conseillent de doucher la zone à l’eau froide après chaque séance intense.

Pour prévenir l’apparition d’une inflammation des tendons, les professionnels conseillent de doucher la zone à l’eau froide après chaque séance intense.

© Bagicat/iStock