“En vue des Mondiaux, pour l’instant, je penche plutôt pour Golden Boy DK”, Simon Delestre
Simon Delestre aborde l’année 2026 avec ambition et méthode. Entre la montée en puissance des jeunes Golden Boy DK et Gatsby du Tillard et quelques retours attendus, à commencer par ceux de son crack Cayman Jolly Jumper et de son médaillé olympique I Amelusina R 51, le Lorrain compte de sérieux atouts dans sa manche en vue des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Artisan de la victoire française en Ligue des nations Longines il y a deux semaines, deuxième du Grand Prix Longines du CSI 5* de Hong Kong, l’ancien numéro un mondial entend achever en beauté la saison indoor, lui qui avait remporté coup sur coup les Grands Prix Rolex de Bois-le-Duc et Hermès de Paris l’an passé.
Votre victoire dans le Grand Prix Rolex du Dutch Masters de Bois-le-Duc, l’an passé avec Cayman Jolly Jumper (SF, Hickstead x Quaprice Bois Margot), a marqué les mémoires. Quels souvenirs avez-vous de ce moment et des émotions que vous avez ressenties?
J’ai toujours beaucoup aimé participer au Dutch Masters, où je me suis rendu à de nombreuses reprises. Avant cette victoire, j’étais déjà passé tout près une ou deux fois. Il y a deux ans, Cayman et moi avions fauté sur le dernier obstacle du barrage, alors que nous avions le meilleur chrono, ce qui fut une vraie déception. Ce fut donc un plaisir très spécial de remporter ce Grand Prix Rolex en 2025. D’autant plus que je suis devenu par la même occasion le premier cavalier français à gagner un Majeur du Grand Chelem Rolex (fondé en 2013 et que le Dutch Masters a intégré en 2018, ndlr)! Ces concours sont toujours des événements très attendus, pour lesquels nous nous préparons minutieusement.
Comment décririez-vous votre début d’année 2026, et quels sont vos objectifs pour le reste de la saison?
La saison va être à la fois longue et importante pour mon équipe et moi, parce que les championnats du monde nous attendent en août à Aix-la-Chapelle. J’ai bien commencé l’année, me classant notamment deuxième de deux Grand Prix de niveau 5* avec deux chevaux de dix ans: Gatsby du Tillard (SF, President x Diamant de Semilly) en janvier à Leipzig en Coupe du monde et Golden Boy?DK (SF, Diamant de Semilly x Cash) en février à Hong Kong (ces deux chevaux ont aussi brillé au CSIO 5* d’Abou Dabi, Golden Boy signant un sans-faute et un tour à quatre points en Ligue des nations Longines, et Gastby se classant dixième du Grand Prix, ndlr). Ce sont tous deux des partenaires très prometteurs.
En ce moment, je prépare le retour de Cayman en vue du Dutch Masters, en mars. Pour le reste de la saison, je n’ai pas encore décidé vers quels objectifs je l’orienterai. Je vise bien sûr le CSI 5* d’Aix-la-Chapelle en mai, mais je ne sais pas encore quels chevaux je prendrai avec moi. Concernant les Mondiaux, pour l’instant, je penche plutôt pour Golden Boy. S’il continue à se montrer performant, je le choisirai peut-être pour le Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle. Le CHI de Genève fait toujours partie de mes objectifs de l’année. En revanche, je ne sais pas encore si j’irai au CSIO 5* Masters de Spruce Meadows, car il a lieu très peu de temps après les championnats du monde et il faut un cheval très spécial pour ce concours. Mon piquet actuel comprend des chevaux très fiables et réguliers, dont I Amelusina R 51 (KWPN, Dexter R x Chin Chin) qui est de nouveau prêt à concourir. Bref, j’ai hâte de voir ce que cette année me réserve.
Quels programmes de reprise avez-vous établi pour I Amelusina, médaillé de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Paris 2024, absent depuis le CSI 5* de Fontainebleau l’an passé, mais aussi pour les excellents Dexter Fontenis (Z, Diarado x Voltaire) et Olga van de Kruishoeve (BWP, El Torreo de Muze x Nabab de Rêve), qui n’ont plus concouru respectivement depuis octobre et avril 2025?
Amelusina n’ayant jamais été très à son aise en indoor, j’attends le début de la saison extérieure pour le relancer en compétition. J’en ferai de même avec Dexter. Quant à Olga, je l’ai engagée ce week-end à Opglabbeek (où elle a réussi un sans-faute à 1,35m hier, ndlr), tout comme Cayman.
Pourriez-vous évoquer les points forts et différences de caractère?de Cayman, Golden Boy et Gatsby?
Ils sont très différents, mais ils partagent certains points communs qui font d’eux trois des compétiteurs de très haut rang : du courage, une énergie débordante et un très grand respect de l’obstacle. En revanche, à la maison, ils ont des caractères bien distincts. Cayman n’aime pas qu’on envahisse son espace. De nature prudente et circonspecte, il préfère observer l’humain à distance. Pour autant, il adore aller en concours et se faire chouchouter. Et une fois en piste, il se donne corps et âme. Il est complètement différent de tous les autres chevaux que j’aie pu monter. C’est cet ensemble de qualités qui le rendent unique. Golden et Gatsby sont beaucoup plus confiants et ouverts. Ils aiment être au contact de l’homme et ont un caractère plutôt enjoué. En compétition, tous trois sont des vrais battants.
Complice et redoutablement efficace, le duo Simon Delestre et Cayman Jolly Jumper s’est imposé comme une référence du circuit 5*.
© Tom Lovelock/Rolex Grand Slam
“Plus on affronte les meilleurs, plus on s’améliore”
Vous parlez souvent de la relation de confiance que vous entretenez avec vos chevaux et de la patience dont il faut faire preuve…
Il est à mon avis crucial de faire un avec sa monture, ce qui prend toujours du temps. Le cheval et le cavalier doivent très bien se connaître mutuellement. J’aime connaître toutes les particularités de mes chevaux: ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, leur distance de confort, leur manière de penser... Il me faut au moins un an pour vraiment découvrir un cheval avant d’être sûr que nous sommes prêts à concourir au plus haut niveau ensemble.
En tant que cavalier, qu’est-ce qui fait du Grand Chelem Rolex un défi aussi exaltant?
Les Majeurs du Grand Chelem Rolex comptent parmi les meilleurs concours de la planète. J’adore y participer, pour leur ambiance électrique comme pour leurs installations de premier rang ou l’attention portée aux moindres détails, sans compter le niveau exceptionnel des participants. Les chefs de piste réussissent toujours à créer des épreuves dignes d’un championnat. On sait donc déjà au départ que chacun de ces concours sera très spécial. Il est essentiel pour tout cavalier de s’y présenter fin prêt et au meilleur de sa forme.
Vous soulignez souvent le rôle que joue votre équipe lors des plus grands concours internationaux. Quelle importance a-t-elle dans votre performance le jour J?
J’ai la chance d’évoluer au sein d’une équipe solide et d’un système bien rodé, deux facteurs jouant un rôle fondamental dans les excellents résultats obtenus ces dernières années. Comme je sais que je peux me fier entièrement à mon entourage et au système mis en place, je ne vois pas de raison de changer quoi que ce soit. Par exemple, Margaux Guilluy, ma groom, est sérieuse et motivée; elle a tissé des liens étroits avec tous mes chevaux. En selle, je passe la plus grande partie de mon temps à renforcer mon propre lien avec eux, mais c’est elle qui entretient ces relations chez nous comme en concours. Les chevaux l’adorent. Je suis très chanceux d’avoir Margaux dans mon équipe.
Quels cavaliers vous ont inspiré, et pour quelles raisons?
Mes principales sources d’inspiration ont toujours été des couples plutôt que des cavaliers seuls. Marcus Ehning et Sandro Boy (Old, Sandro x Grannus) restent l’un de mes duos préférés. En concours, je suis toujours en train d’observer les autres binômes, d’analyser comment ils évoluent et d’essayer de comprendre les raisons de leur progression. Chaque week-end ou presque, j’ai la chance de concourir au plus haut niveau. Je suis persuadé que plus on affronte les meilleurs, plus on s’améliore en tant que cavalier et dans la relation qu’on entretien avec ses chevaux.
Arrivé dans le piquet de Simon Delestre à l’automne, Gatsby du Tillard s’impose peu à peu comme un partenaire d’avenir.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
