“Dans le monde du cheval, outre la passion, il faut du courage”, Éric Louradour
Dans un texte particulièrement juste et empreint de sensibilité, Éric Louradour évoque le courage, qualité essentielle à toute réussite. Cette notion, qui fait actuellement l’objet de nombreuses discussions, notamment dans la sphère politique et dans le monde de la culture, le cavalier, entraîneur et homme de cheval la confronte à différents aspects de la pratique équestre et de la vie de celles et ceux qui composent la communauté des gens de cheval.
Le courage, ce n’est pas l’absence de peur. C’est avoir mal et continuer. C’est tomber, se relever, puis avancer encore. Le courage, ce n’est pas être invincible. C’est trembler, douter, parfois même vaciller… mais refuser de s’arrêter. Dans la vie, chacun affronte ses propres obstacles. Certains sont visibles, d’autres profondément silencieux. Il faut du courage pour faire face aux épreuves, pour continuer lorsque tout semble incertain, pour croire en son chemin même lorsque les résultats tardent à venir. Le courage, finalement, est souvent discret. Il ressemble à un pas de plus quand on est fatigué. À une décision difficile mais nécessaire. À cette petite voix intérieure qui murmure: continue.
Dans le monde du cheval, cette qualité prend une dimension particulière. D’abord, il faut du courage pour s’approcher d’un cheval. Un animal puissant, rapide, sensible, dont la force impose naturellement le respect. Monter à cheval, c’est accepter une part d’imprévu. C’est accepter de ne pas tout contrôler. C’est accepter aussi de tomber, parfois, pour mieux apprendre. Mais le véritable courage ne réside pas seulement dans l’instant où l’on monte en selle. Il se trouve surtout dans la décision de consacrer sa vie aux chevaux. Car choisir ce métier, c’est souvent choisir une route exigeante, incertaine, et parfois solitaire. Beaucoup rêvent de travailler avec les chevaux. Beaucoup commencent ce chemin avec passion. Mais peu parviennent à en vivre réellement, et encore moins à en vivre confortablement.
La réalité du métier est loin de l’image romantique que l’on imagine parfois. C’est un travail physique, quotidien, qui ne connaît ni week-end ni jours fériés. Les chevaux mangent tous les jours. Ils doivent être sortis, nourris, soignés, observés. Qu’il fasse froid, qu’il pleuve, qu’il fasse encore nuit ou que la fatigue se fasse sentir, les écuries vous attendent. Le courage, c’est se lever avant l’aube quand les autres dorment encore. C’est rentrer tard, les mains froides, les bottes pleines de boue, mais le cœur rempli d’une passion intacte. C’est aussi accepter les sacrifices. Les revenus sont souvent incertains. Les années difficiles existent. Les blessures, les imprévus, les dépenses inattendues font partie du quotidien. Dans ce milieu, la passion donne parfois des ailes… mais la réalité rappelle vite la vérité.
Et pourtant, certains choisissent de rester. Ils continuent parce qu’ils savent que ce lien avec le cheval vaut tous les efforts. Parce qu’il y a dans cette relation quelque chose de rare : une confiance qui ne se construit qu’avec du temps, de la patience et une profonde sincérité. Dans le sport équestre, le courage prend encore une autre forme. Il faut oser se mesurer aux autres. Oser croire en son travail, parfois même lorsque personne ne vous attend. Il faut de la détermination, de l’audace, et une grande force intérieure pour s’imposer dans un milieu exigeant où la concurrence est forte. Beaucoup essaient. Peu persévèrent assez longtemps pour franchir les étapes.
Ceux qui continuent découvrent quelque chose d’essentiel: le courage n’est pas seulement dans la victoire. Il est dans chaque matin où l’on recommence. Dans chaque cheval que l’on éduque avec patience. Dans chaque difficulté transformée en apprentissage. Car dans le milieu équestre, il faut aussi du courage pour accepter l’échec. Un concours raté, un cheval qui doute, une progression qui semble s’arrêter… Rien n’est jamais totalement maîtrisé. Le cavalier peut travailler avec sérieux, donner le meilleur de lui-même, et pourtant rencontrer des obstacles. Le courage consiste alors à regarder la réalité en face. À analyser, comprendre, puis recommencer. Avec plus d’humilité, mais aussi plus d’expérience. Chaque échec devient alors une marche de plus vers la progression.
Il existe encore une autre forme de courage, plus silencieuse peut-être, et pourtant essentielle: le courage de rester fidèle à ses valeurs. Travailler avec les chevaux demande du respect, de la patience et de l’écoute. Dans un monde où tout va vite, où les résultats sont parfois recherchés à tout prix, choisir de prendre le temps de construire une relation juste avec l’animal est parfois un véritable acte de courage. Le cheval, lui, ne se laisse pas convaincre par les mots. Il répond à la cohérence, à la patience, à l’équilibre. Face à lui, on ne peut pas tricher. Il devient alors un maître exigeant, mais profondément honnête.
Autre forme de courage, encore plus difficile parfois: le courage de dire non. Dans le monde du cheval, comme dans tous les milieux passionnés, il arrive parfois d’être témoin de comportements injustes, brutaux ou irrespectueux. Parfois envers les chevaux, parfois envers les personnes. Et dans ces moments-là, le silence est souvent la solution la plus facile. Mais le silence protège rarement ce qui est juste. Il faut du courage pour dénoncer ce qui ne devrait pas exister. Du courage pour défendre un cheval qui ne peut pas se défendre lui-même. Du courage pour rappeler que la passion ne doit jamais devenir une excuse pour la brutalité, la domination ou le manque de respect. Il faut aussi du courage pour défendre les humains, lorsque certains oublient que derrière chaque cavalier, chaque élève, chaque professionnel, il y a une personne qui mérite considération et dignité. Parler peut déranger. Prendre position peut isoler. Pourtant, fermer les yeux finit toujours par fragiliser un milieu tout entier.
Aimer les chevaux, ce n’est pas seulement les monter, les entraîner ou travailler avec eux. C’est aussi accepter la responsabilité de les protéger. Et peut-être est-ce là la forme de courage la plus noble. Car dans la vie comme dans le monde équestre, le courage n’est pas de ne jamais tomber. Le courage, c’est de se relever. De continuer lorsque la route est difficile. De choisir un chemin exigeant parce qu’il nous ressemble. S’engager dans ce métier demande de l’audace, de la persévérance, et une passion capable de traverser les doutes. Car certaines passions ne se vivent pas à moitié. Elles demandent du courage… mais elles donnent aussi un sens profond à chaque pas du chemin.
Sportivement vôtre.
