Becky Moody et Jägerbomb créent une déflagration sereine à Fort Worth, où le public brise le quatrième mur en musique
Rien ne pouvait arrêter Becky Moody et Jägerbomb, qui ont gagné une finale de la Coupe du monde qui leur tendait les bras cette nuit à Fort Worth, s’offrant au passage un record personnel. Sous les hourras du public texan, emporté par les musiques des concurrents tout au long de la soirée, la Britannique et son fils de Dante Weltino ont affiché une sérénité déconcertante dans les exercices les plus difficiles. À domicile, le tout jeune Californien Christian Simonson s’est offert une superbe deuxième place avec Indian Rock, tandis que la troisième est revenue à la Polonaise Sandra Sysojeva sur Maxima Bella.
Une démonstration de sérénité et de disponibilité. Ainsi pourrait-on décrire la prestation gagnante de Becky Moody et Jägerbomb en finale de la Coupe du monde, à Fort Worth. Certes, le hongre de douze ans, que sa cavalière a fait naître, n’est ni le cheval le plus énergique, ni le plus expressif du circuit. Mais cette nuit plus encore que dans le Grand Prix d’ouverture, il a semblé en parfaite harmonie avec sa cavalière britannique, réalisant avec brio les enchaînements les plus techniques de sa reprise, à commencer par un premier doubler composé de pirouettes et de changements de pied au temps réalisés au son des Beatles, qui ont accompagné le couple durant toute sa prestation. Sa serpentine de changements de pied aux deux temps puis au temps, accompagnée par le planétaire Mrs Robinson, restera également dans les annales, tout comme son dernier trot allongé réalisé sans le moindre signe de tension sous les hurlements du public texan. Non seulement Becky Moody a fait respecter la hiérarchie, mais elle s’est aussi offert un magnifique record personnel, à 88,33%. Un extrait de leur prestation est disponible en bas de cet article.
Quand le public brise le quatrième mur
Au théâtre, on a coutume de dire que les comédiens brisent le quatrième mur lorsqu’ils entrent en interaction directe avec les spectateurs, cassant ainsi la barrière imaginaire séparant la scène du public. Cette nuit, au Texas, on serait tenté de dire que l’inverse s’est produit dans la mesure où les spectateurs texans – bien plus nombreux que les jours précédents dans les gradins de la Dickies Arena – n’ont cessé d’interagir bruyamment avec les concurrents avant, pendant et après leurs reprises. Depuis quelques années, le public du dressage, à haut niveau, est plus enclin à accompagner les dernières lignes des athlètes d’applaudissements en cadence, notamment en Europe du Nord. Cependant, un engouement tel que celui vu lors de cette finale reste pour l’heure propre aux États-Unis. Contrairement à ce que disent souvent les observateurs parfois conservateurs du dressage, les éclats de voix et autres salves d’applaudissements n’ont semblé gêner ni les chevaux ni les cavaliers qui, au contraire, se sont tous dits ravis de ces encouragements. Au-delà des évolutions actuellement portées en matière de jugement et de bien-être notamment, le futur du dressage repose peut-être sur une plus forte communion avec le public telle qu’on l’a sentie à Fort Worth. Celle-ci a été en grande partie permise par les choix musicaux des concurrents.
“Rocky”, itinéraire d’un héros
Avant même le début de la reprise de Christian Simonson, des cris de soutien se faisaient déjà entendre dans les tribunes. Quand les premières notes de la bande-son du film “Rocky” ont retenti pour porter les premières battues de passage du jeune Étasunien et de son Indian Rock, justement surnommé Rocky, ils se sont encore intensifiés. “Avec cet accompagnement musical, notre but était d’évoquer l’itinéraire d’un héros”, a déclaré le Californien de vingt-trois ans après sa prestation, durant laquelle son étalon n’a eu de cesse de démontrer sa capacité à s’asseoir dans les exercices les plus rassemblés tout en conservant son activité et la souplesse de son dos. En milieu de reprise, le sympathique cavalier a peut-être légèrement exagéré dans sa volonté de mettre en avant les qualités de son fils d’Apache, amené au plus haut niveau par la Néerlandaise Emmelie Scholtens, si bien que le mâle a esquissé une ruade à la fin d’un galop allongé. Souvent trop fermé à cette allure, il a finalement retrouvé l’harmonie avec son cavalier et sa sérénité pour une superbe dernière ligne où le public a porté “SON” meilleur duode la compétition. Bilan: une moyenne de 83,81%, synonyme de deuxième place.
Deuxième de cette finale, Christian Simonson n’a pas boudé son plaisir
© Tiffany van Halle / Hippo Foto
De Strauss à Beyoncé en passant par Sylvie Vartan
À son accompagnement principalement centré sur “La Maritza” de Sylvie Vartan, Sandra Sysojeva, associée à Maxima Bella, avait choisi d’ajouter pour cette finale un extrait du tube “Texas Hold’Em” de Beyoncé. Évidemment, le public texan a apprécié ce clin d’œil. Pour le reste, la Polonaise a proposé un pot-pourri allant d’une valse de Strauss au “Voilà” de Barbara Pravi… Singulier, ce mélange a accompagné une reprise récompensée d’une moyenne de 80,77%. Ce score a permis à la cavalière et sa jument, qui a déjà énormément concouru du haut de ses dix ans, de s’emparer de la troisième place.
Star Wars, Rihanna et les musiques électroniques
Si elle n’a terminé que douzième avec Nabab (73,245%), qui disputait là sa troisième finale, la Lituanienne Justina Vanagaité-Samuilé a été l’une des cavalières les plus applaudies de la soirée et… son entrée au son de “La Marche Impériale” issue de “Star Wars” n’y est sans doute pas étrangère. Avec “Sweet Home Alabama”, de Lynyrd Skynyrd, le Suédois Patrik Kittel a aussi su s’attirer la sympathique du public américain avec son Touchdown (80,26%), qui a étonnamment esquissé une défense similaire à celle d’Indian Rock dans une sortie de pirouette. Vainqueurs de cette finale en 2024, ils ont dû se contenter de la quatrième place cette nuit, juste devant l’Allemand Raphael Netz et un Dieudonné (79,245%) beaucoup plus décontracté dans le Grand Prix. Sixièmes, les champions panaméricains en titre, l’Équatorien Julio Mendoza Loor et Jewel’s Goldstrike (78,645%) ont enflammé le public grâce à leur dernière ligne effectuée sur un remix du festif “Pon de Replay” de Rihanna. Cette nuit de compétition a aussi fait la part belle aux musiques électroniques sous toutes leurs formes, la prestation de l’Étasunien Kevin Kohmann et Dünensee (76,73%) portée par Kygo et Avicii ayant semblé particulièrement plaire à l’audience.
Intemporelle Céline Dion
Cette semaine, la vente des billets pour assister au retour sur scène de Céline Dion, prévu à Nanterre en septembre et octobre prochain, a déclenché une véritable hystérie collective. Intemporelle, l’icône canadienne a accompagné cette nuit la toute dernière apparition en compétition de Sir Donnerhall II, le fidèle partenaire de Morgan Barbançon. Durant sa prestation, la Française n’a pas hésité à demander son soutien au public d’un geste de la main en pleins changements de pied au temps. Après une dernière ligne au son de “I’m alive” , réalisée avec les rênes dans une seule main, un message de remerciements à l’étalon s’est affiché sur l’écran géant de la Dickies Arena et le bai a eu droit à une standing ovation. Son score de 72,46% et sa treizième place semblent anecdotiques vis-à-vis de l’émotion procurée par ce moment que sa cavalière “gardera très longtemps dans [ses] souvenirs”.
