“Ravi que des personnes ne disposant pas d’un cheval de la plus haute qualité soient mises à l’honneur”, Ludovic Henry
Sélectionné pour représenter la France lors de trois grand championnats extérieurs avec After You, Ludovic Henry avait aussi pris part à la finale de la Coupe du monde de Bercy en 2018 aux rênes de cet étalon. Observateur assidu du dressage de haut niveau, le cavalier livre son regard sur la finale de la Coupe du monde remportée par Becky Moody et Jägerbomb dans la nuit de samedi à dimanche à Fort Worth, au Texas. Ayant relevé l’ambiance hors du commun dans laquelle s’est déroulée la Reprise Libre en Musique de ce championnat, Ludovic Henry a retenu de cette échéance la présence de jeunes cavaliers aux avant-postes. Il évoque aussi le départ à la retraite de Sir Donnerhall II, le cheval de Morgan Barbançon Mestre.
Durant la Reprise Libre en Musique, l’ambiance avait l’air assez exceptionnelle, avec un public qui criait et qui applaudissait avant même que les reprises ne commencent. En 2018, lorsque j’avais disputé la finale de la Coupe du monde de Paris avec After You, l’atmosphère n’était pas aussi électrique, mais je me rappelle avoir été fortement applaudi avant d’entamer ma présentation et avoir eu du mal à terminer ma Libre, justement en raison des applaudissements! Cela m’avait procuré un sentiment partagé: d’un côté, c’était extrêmement enthousiasmant et porteur, mais de l’autre, j’avais vraiment dû me concentrer sur moi-même pout terminer correctement mon épreuve. Dans notre discipline, nous ne sommes pas très habitués à ces ambiances, même si lors des grands événements allemands ou néerlandais, les applaudissements sont aussi très chaleureux à la sortie des reprises. Pour autant, je trouve cela super de voir le public s’exprimer comme il l’a fait à Fort Worth.
L’équitation de Becky tend vraiment vers celle que l’on veut voir
Becky Moody et Jägerbomb (qui se sont imposés, ndlr) ont montré une concentration exceptionnelle. Techniquement, leur travail dans la Libre était extrêmement propre, même si comme toujours, on peut évidemment formuler quelques remarques. Ce cheval n’est pas aussi expressif qu’Indian Rock (qui s’est classé deuxième avec l’Étasunien Christian Simonson, ndlr), mais le degré de difficulté de leur reprise était très élevé et surtout, l’équitation de Becky tend vraiment vers celle que l’on veut voir. Elle fait partie des gens dont on a envie qu’ils représentent notre discipline à l’avenir et je suis ravi que des personnes ne disposant pas d’un cheval de la plus haute qualité soient mis à l’honneur grâce à leur bon travail. D’ailleurs, même si Indian Rock montre des qualités complètement différentes et exceptionnelles, son cavalier le montre aussi sans rechercher d’exubérance et son travail est assez extraordinaire également, d’autant qu’il n’est pas facile de passer après une cavalière comme Emmelie Scholtens (qui a mené Indian Rock à la onzième place des JO de Paris 2024 et la neuvième du Grand Prix Spécial des Européens de Riesenbeck l’année précédente, ndlr), et encore moins à son âge (Christian Simonson a vingt-trois ans, ndlr). Cette deuxième place le positionne aussi sur l’échiquier mondial du dressage, ce qui est important à quatre mois des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.
La fin d’une belle histoire pour Morgan Barbançon
Je veux adresser un coup de chapeau à Morgan Barbançon, qui a mis en retraite Sir Donnerhall II à l’issue de la Libre de cette finale. J’ai côtoyé ce couple en compétition pendant près de dix ans, et nous avions pris part ensemble à la finale de Bercy. D’ailleurs, c’était assez drôle, car Morgan concourait alors encore sous les couleurs espagnoles, mais elle avait changé de nationalité sportive quelques semaines plus tard. La participation de Sir Donnerhall à cette finale (à laquelle il prenait part pour la sixième fois, ndlr) montre que lorsqu’ils sont bien entretenus et bien suivis, nos chevaux peuvent concourir jusqu’à un âge avancé.
Une moyenne d’âge assez basse
Le plateau de cette finale était intéressant malgré les défections de certains très bons cavaliers, dues à la combinaison de plusieurs paramètres dont le long trajet nécessaire depuis l’Europe, la tenue des Mondiaux assez tôt dans l’été (à partir du 11 août, ndlr) et l’âge de quelques-uns des chevaux les plus en vue du moment. D’abord, au-delà des deux très jeunes cavaliers qui étaient présents (Christian Simonson et Moritz Treffinger, âgé de vingt-deux ans et finalement huitième, ndlr), la moyenne d’âge était assez basse (elle s’élevait à trente-cinq ans et demi, ndlr). Je trouve très positif pour la discipline de montrer que la possibilité d’atteindre le haut niveau jeune existe. Évidemment, il faut pouvoir compter sur une monture capable de concourir dans un tel événement (les étalons de Moritz Treffinger et Christian Simonson, Fiderdance et Indian Rock, ont tous deux été dressés jusqu’au Grand Prix par d’autres cavalières, ndlr), mais la présence de ces athlètes prouve l’intérêt des circuits Poneys, Juniors, Jeunes cavaliers, et surtout de celui des moins de vingt-cinq ans (Moritz est double champion d’Europe en titre dans cette catégorie, tandis que son rival étasunien a concouru en CDI U25 en 2024, ndlr). Lorsqu’il a été lancé, il n’a pas tout de suite suscité beaucoup d’intérêt, mais on voit désormais qu’il crée une étape utile entre les épreuves Jeunes cavaliers (de niveau Petit Tour, ndlr) et celles du plus haut niveau Seniors.
C’est intéressant de voir que les nations fortes n’hésitent pas à envoyer au feu des cavaliers qui sont au niveau, mais pas forcément aguerris. Je trouve que l’on doit vraiment s’inspirer de ce principe de renouvellement. Je connais très bien Monica Theodorescu (l’entraîneuse nationale des Allemands, qui a également occupé ce poste en France, ndlr) et je sais que si elle met toujours en valeur les meilleurs cavaliers de son équipe, elle œuvre sans cesse pour former et préparer la relève, humaine comme équine. Elle ne néglige jamais personne, même les couples qui concourent uniquement sur le plan national, et je ne l’ai jamais vue être négative vis-à-vis de jeunes recrues arrivant à haut niveau.
Prêt à accueillir un nouveau cheval pour le haut niveau s’il se présente.
De notre côté, après la finale de la Coupe du monde 2018 et dix ou quinze ans à fournir beaucoup d’efforts, nous avons connu un gros coup de fatigue avec mon épouse. Ensuite, j’ai connu quelques déboires avec la mort d’un cheval un an avant les Jeux olympiques de Paris 2024, ce qui a constitué un gros coup dur. Là, je me sens de nouveau en pleine forme. J’ai un cheval qui arrive gentiment au niveau du Grand Prix et qui a du talent pour le piaffer et le passage, mais il a déjà quatorze ans et je ne suis pas sûr qu’il soit vraiment fait pour le haut niveau. De toute manière, je sais bien qu’il sera très difficile de retrouver un cheval capable de faire aussi bien qu’After You, voire mieux. Actuellement, j’entraîne beaucoup de cavaliers, mais je suis prêt à accueillir un nouveau cheval pour le haut niveau s’il se présente.
Toutes les épreuves du CHI-WF de Fort Worth sont disponibles à la demande sur ClipMyHorse.tv
