L’inclusion des uns ne signifie pas l’exclusion des autres
Retrouvez ci-après l’éditorial du numéro 175 du magazine GRANDPRIX, disponible en kiosques.
« Ne dites pas que ce garçon était fou.
Il ne vivait pas comme les autres, c’est tout.
Et pour quelles raisons étranges,
Les gens qui n’sont pas comme nous,
Ça nous dérange »
À l’été 1980, les mots de Michel Berger ont permis à son épouse France Gall d’atteindre les sommets du Top 50 grâce au titre “Il jouait du piano debout”. Une ode à la tolérance, au droit à la différence et au refus de la haine, incarnée par deux grandes figures populaires de la chanson française.
Le 28 octobre 2025, la publication d’un appel à témoins sur les réseaux sociaux de GRANDPRIX sollicitant les personnes de la communauté LGBTQ+ à raconter leur vie dans le monde équestre a rappelé ô combien ces mots résonnent encore si fort quarante-six ans plus tard. Parmi les commentaires, on pouvait lire : “Navrant”,“Bientôt un reportage sur la zoophilie ?”, “Ça existe déjà, le handisport”, “Ridicule”, “Un journal de promotion idéologique woke”, “Une infection idéologique généralisée destructrice de notre société et de nos valeurs équilibrées” ou encore “Le pompon sur la pomponette”. Avant même que ne soit dévoilé le but de cette initiative, plus de deux cents comptes s’étaient exprimés, la plupart réprouvant l’idée même qu’un média équestre puisse consacrer des articles aux personnes LGBTQ+. On connaît la propension des réseaux sociaux à susciter et valoriser l’expression de sentiments négatifs, qui ne représentent pas toujours l’opinion majoritaire, mais ces réactions ne sont pas insignifiantes.
Parmi ce flot, certains commentaires ont heureusement exprimé de la compréhension, comme en témoigne la réaction d’un homme transgenre. “L’inclusion des uns ne veut pas dire l’exclusion des autres. Ce n’est pas une compétition de souffrances, ni une guerre de drapeaux. C’est une invitation à la compréhension mutuelle. Le monde équestre est magnifique et, pourtant, encore très fermé d’esprit, souvent sans même s’en rendre compte. Pendant des années, j’ai moi-même ri à des blagues lourdes sur les minorités pour ‘faire partie du groupe’. J’ai cherché à être inclus, quitte à m’exclure de moi-même. C’est ce genre de décalage intérieur qui m’a conduit à des pensées sombres pendant plus de dix ans. Ce dossier n’est pas là pour imposer une idéologie, ni pour parler de sexualité à tout prix. Il existe parce que certaines personnes n’ont pas pu vivre leur passion en paix à cause de leur orientation, de leur identité ou de leur différence”, écrit Alex. “Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis”, aurait dit l’écrivain, poète, aviateur et reporter français Antoine de Saint-Exupéry. N’ayons pas peur de nous enrichir !
Le monde équestre présente nombre de singularités, pratiquant un sport où femmes – très largement majoritaires – et hommes concourent à armes égales, ce qui pourrait laisser penser que tout se passe sans accroc. Un sport où la relation au cheval prime sur tout le reste. Ces particularités, souvent revendiquées, nourrissent l’image d’un milieu inclusif, presque naturellement préservé des fractures sociétales. Cette perception mérite d’être interrogée. Si l’équitation offre indéniablement des espaces de liberté, dans les trajectoires, les identités et les rapports aux autres, elle n’échappe pas aux réalités de son temps. Des personnes LGBTQ+ y évoluent, y réussissent, mais elles y essuient souvent des silences, des maladresses, des discriminations bien réelles et, parfois même, des violences, comme elles le confient dans les pages du dossier du magazine n°176, dont le contenu sera publié sur GRANDPRIX.Info courant mai. Ce recueil de cinq articles donne la parole aux personnes concernées et met en lumière des parcours et des expériences. Il interroge aussi les spécificités de l’écosystème équestre, à l’heure où d’autres milieux sportifs ont déjà engagé des actions en faveur de l’inclusion.
Le sport ne se résume pas à des résultats, des classements ou des performances. Il est un espace social, un lieu de construction, parfois d’émancipation ou de tension. Il est le reflet de son époque, de ses avancées comme de ses résistances. Prendre à bras-le-corps ces sujets, les traiter avec sérieux et bienveillance, ce n’est pas s’en éloigner. Cela permet, au contraire, d’en approfondir la compréhension. Car l’inclusion, comme l’harmonie entre un être humain et un équidé, ne se décrète pas – elle se construit. S’intéresser à la situation des personnes LGBTQ+ ou aux violences sexistes et sexuelles, aux enjeux de la santé mentale ou à la prise en compte du bien-être animal – tant de sujets qui ont déjà été traités et le seront encore dans les colonnes du magazine GRANDPRIX et sur GRANDPRIX.Info – c’est reconnaître que le sport est avant tout une activité humaine, traversée, à des degrés divers, par les mêmes mouvements que les autres pans de nos sociétés.
Retrouvez les cinq articles du dossier LGBTQ+ dans le magazine GRANDPRIX n°176 ou courant mai sur GRANDPRIX.Info :
? Où en est l’inclusion des personnes LGBTQ+ dans le monde équestre ?
? “Avouer qui j’étais vraiment a profondément bouleversé mon existence”, Quentin Judge
? Aux écuries, les personnes homosexuelles s’affirment mais des discriminations perdurent
? Quatre cavalier·e·s à la croisée des genres
? À haut niveau, l’inclusivité est-elle équivalente dans les trois disciplines olympiques ?
