“Si on donne beaucoup d’attention et d’intérêt à un cheval, il le rend forcément”, Pierre Ampaud

La semaine prochaine, Pierre Ampaud prendra part à ses premiers championnats d’Europe à Hagen, chez les Jeunes Cavaliers. Sacré champion de France de cette catégorie au Printemps des sports équestres de Fontainebleau, mi-avril, le Bourguignon s’est confié concernant son parcours et ses objectifs quelque temps après ce sacre.



Comment êtes-vous entré en contact avec les chevaux? 
Mon père et mon grand-père ont toujours monté à cheval, en tant qu’amateurs. Personne ne m’a jamais forcé à pratiquer l’équitation, mais m’y suis mis tout à fait naturellement, au sein de l’Académie de Bonvaux, une structure proche de chez nous. J’ai commencé à poney, puis on m’a acheté un premier cheval et un second. Dès mes années Poneys, j’ai fait partie d’une petite équipe de concours très sympathique et j’ai élargi mes horizons. Pour autant, dans ma famille, nous montons tous à cheval pour le plaisir, parce que nous aimons les chevaux, et pas du tout pour les résultats. 

Avez-vous connu des déclics dans votre progression vers le titre national que vous avez décroché chez les Jeunes Cavaliers?
À ma sortie de la catégorie Poneys, avec ma première jument, Dune des Loups (SF, Lando x Dollar de Semilly), nous sommes passés en quelques mois des épreuves à 1 ,05m et 1,35m et cela m’a vraiment conduit à réfléchir. À l’époque, elle était destinée à mon père, mais étant donné sa franchise, malgré son modèle imposant, nous nous sommes entendus très vite. La rencontre avec Poly Quint (DSP, Quidam’s Rubin x Polydor), un cheval que j’estime beaucoup, a sûrement été décisive pour moi. Il m’a apporté beaucoup dans mon équitation et a sûrement constitué le facteur le plus important dans ma progression vers le niveau supérieur.

Ce titre change-t-il quelque chose pour vous?
Non, il ne change rien de fondamental. Je reste le même cavalier travailleur et passionné. En revanche, dans l’objectif d’une sélection pour les championnats d’Europe (prévus la semaine prochaine à Hagen, où il sera bien au départ, ndlr), mon prochain grand objectif, ce titre me conforte un peu plus dans mes ambitions. À Hagen, mon objectif sera de partir gagnant mentalement et de tout faire afin de revenir avec une médaille.



“Mes études me motivent beaucoup”

À Hagen, vous monterez évidemment votre cheval de tête, Belphégor d’Ouilly. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à son sujet?
C’est la deuxième saison que je monte Belphégor. Nous l’avons trouvé auprès de la famille Coupérie et cela a été un coup de foudre. Il possède beaucoup de force et un mental en or. C’est un grand gentil, qui n’a jamais montré le moindre signe d’agacement. Il dit toujours oui et est toujours content de ce que l’on lui propose. Il est très stable émotionnellement tout en restant suffisamment sensible et sanguin pour être attentif sur les barres et très respectueux en piste. Je sais que je croiserai peu de Belphégor dans ma vie! 

Sur quelles autres montures pouvez-vous compter?
Je monte aussi Iksted des Meulières (SF, Balou du Rouet x Nabab de Rêve), un petit-neveu de Mylord Carthago âgé de huit ans. Il est très souple, a de gros moyens et montre beaucoup de respect. Il a bien réussi sa première épreuve à 1,45m comptant pour le classement mondial Longines à Fontainebleau et je vais maintenant compter sur lui pour épauler Belphégor. Pendant les ventes Fences du Printemps des sports équestres de Fontainebleau, je me suis associé avec des amis pour acheter un cheval de cinq ans, Label Rouge Boy (OC, Pégase Van’t Ruytershof x Comediante LS). Je le pense très prometteur. Comme nous sommes plusieurs propriétaires, nous verrons si nous nous engageons dans un projet à court, moyen ou long terme avec lui. J’ai aussi mon ancien cheval de Juniors, Poly Quint, qui revient de blessure, nous lui laissons le temps. 

Contrairement à certains de vos concurrents, qui se consacrent à leur carrière sportive, vous suivez des études supérieures dans une école de commerce, l’EDHEC. Où en êtes-vous dans votre parcours?
Je prépare mon entrée en troisième année. Même si, à l’origine, j’étais plus orienté vers les chevaux et la compétition que vers les études, celles que je poursuis me motivent beaucoup.  J’ai choisi cette école précisément car elle permet de bénéficier d’un parcours taillé sur mesure pour les sportifs. Tous mes cours sont en distanciel, je me rends simplement sur le site de l’EDHEC une fois par trimestre pour passer mes examens. Au quotidien, généralement, je monte trois chevaux le matin pour finir vers 11 heures, puis je me consacre à leurs soins. Vient alors l’heure du déjeuner, suivie d’un après-midi à étudier. Je finis la journée avec de la préparation physique. Toute ma famille me soutient beaucoup, m’entoure vraiment et m’aide à m’organiser pour tout réussir.

Mon idée est de terminer mes deux années d’école puis d’entamer un projet professionnel au sein de l’entreprise familiale (le groupe Piretti Énergies, ndlr) ou dans un autre domaine; je n’ai pas encore choisi. Je suis tellement passionné par le lien que j’ai avec mes chevaux que je n’envisage pas d’arrêter l’équitation un jour. L’idée est donc de construire mon parcours un peu à l’image de ceux de Philippe Léoni ou Max Kühner (qui allient entreprenariat et carrière sportive de de haut niveau, ndlr). Quant à mon “Graal”, il est très clair: dans mes rêves les plus fous, il s’agit de monter en 5* et d’être champion olympique. Le film “Jappeloup” m’a beaucoup inspiré depuis tout petit et j’en suis toujours imprégné (rires)!



“Je fonctionne beaucoup au feeling”

Pierre Ampaud a été sacré champion de France Jeunes cavaliers au Printemps des sports équestres de Fontainebleau, mi-avril.

Pierre Ampaud a été sacré champion de France Jeunes cavaliers au Printemps des sports équestres de Fontainebleau, mi-avril.

© PSV / FFE

Au printemps, vous vous êtes installé au sein des écuries de William Ligier de la Prade. Comment en êtes-vous arrivé à faire ce choix?
Plus jeune, j’ai été coaché par Stéphane Rivière et Fabien Debost, puis je me suis autonomisé. Cet hiver, j’ai travaillé avec Julien Gonin et cela a constitué un déclic, car en plus de ses conseils équestres, j’ai pu bénéficier de sa vision sur mes chevaux. Avant de partir à Fontainebleau, j’ai commencé à travailler sur le plat avec Éric Louradour et j’ai hâte de poursuivre. Je suis parti chez William par besoin de découvrir un fonctionnement nouveau et j’apprends beaucoup de son système, ce qui est très intéressant. Chez lui, je bénéficie en plus d’infrastructures remarquables, propices au développement vers le haut niveau. 

Au quotidien, j’entraîne en autonomie les trois chevaux qui m’ont accompagné, mais nous discutons aussi beaucoup avec William ainsi qu’avec Jean-Alexandre Legras, qui vit sur place, même s’il a arrêté de monter. Nous nous concertons constamment quant au programme des chevaux, à ce que l’on peut envisager d’améliorer… Les chevaux sortent beaucoup au paddock, nous arrivons même à les mettre en troupeau quand tout se passe bien! J’axe volontiers leur travail sur la mise en condition en utilisant la piste de galop, je les emmène aussi en balade pour leur moral. Je travaille peu sur le plat en carrière, car je souhaite éviter de les ennuyer. En règle générale, je m’inspire de nombreux fonctionnements différents pour envisager ce qui correspond le mieux à mes chevaux. Bien sûr, l’équipe d’encadrement fédéral me suit aussi fidèlement et j’ai donc la chance de profiter de plusieurs conseillers éclairés, qui respectent mon besoin de travailler en autodidacte la plupart du temps. 

À côté de cela, je prépare activement mon projet d’installation au sein de nos propres écuries familiales, dans les alentours de Dijon. Je serai donc chez William le temps que nous développions ce nouveau système. Nous y inclurons aussi un petit élevage familial, en achetant des foals et des embryons, ou en effectuant de bons transferts d’embryons avec des juments de qualité.

De votre point de vue, qu’est-ce qui est absolument indissociable de votre sport?
Incontestablement, le travail et l’amour que l’on donne à ses chevaux. Ce sont deux choses indissociables car à mes yeux, le cheval est un être doué d’une grande intelligence, qui pense beaucoup. Si on lui donne beaucoup d’attention et d’intérêt, il le rend forcément. 

En piste, êtes-vous plutôt du genre instinctif, ou privilégiez-vous le contrôle?
Je fonctionne beaucoup au feeling. D’ailleurs, même après mes reconnaissances, je n’ai jamais un plan fixe: je crois beaucoup à l’instinct. Paradoxalement, j’ai horreur de l’imprévu et tout est strictement cadré dans ma préparation. Par exemple, à la détente, je sais combien de sauts je veux faire… Je me situe donc à la croisée de ces deux mondes.



“J’aime tellement l’équitation que je vis constamment pour les chevaux”

Si vous analysez votre pratique, quel est votre point fort?
Mon sang-froid me caractérise, donc j’arrive toujours à rester lucide et à monter sans pression. En fait, je dirais que je n’ai jamais vraiment connu le stress à cheval. Cet état d’esprit m’a vraiment aidé lors de la finale du championnat de France Jeunes Cavaliers, où je m’élançais en dernier. En plus, mon cheval reste lui aussi imperturbable, donc nous allons vraiment bien ensemble. 

Dans votre philosophie, qu’est-ce qui vous motive le plus:  gagner, progresser, construire? Certains cavaliers de haut niveau vous inspirent-ils?
Je cherche avant tout à progresser. Je dispose de bons chevaux, mais mon objectif est de m’adapter à eux et d’être à leur niveau; je ne veux pas que ce soit eux qui doivent s’adapter à moi. Ce qui me motive est donc d’évoluer constamment dans mon équitation. Mes modèles sont nombreux, car j’essaie d’apprendre de tout le monde, mais je pourrais citer Julien Épaillard, Steve Guerdat ou Marcus Ehning, qui sont de vrais exemples. 

Arrivez-vous à vous octroyer des pauses en-dehors du monde équestre?
J’aime tellement l’équitation que je vis constamment pour les chevaux. Je m’octroie très rarement des pauses, et quand je pars une semaine en vacances, j’ai vraiment du mal. Au bout de deux jours, je suis malheureux et la relation que j’entretiens avec mes chevaux me manque. En revanche, j’aime beaucoup le sport en général, donc je suis également les grands événements en foot, en Formule 1, en ski ou en vélo.

Quelle est votre principale préoccupation pour le monde actuel ?
Il s’agit de l’entente mondiale globale: il faudrait retrouver un climat général propice au développement pour tous les pays. Cela me semble urgent et vraiment nécessaire. Et dans ce cas, on avancerait sur tous les grands domaines structurants comme l’écologie, les relations ethniques et l’économie. 



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