“La représentativité de toute la filière est un enjeu essentiel”, Pascal Cadiou
Et de trois pour Pascal Cadiou! Élu pour la première fois en 2014, Pascal Cadiou arrivera au printemps prochain au terme de son troisième mandat à la tête du Stud-book Selle Français. Des élections procéderont alors, en avril-mai 2026, au renouvellement du conseil d’administration, qui désignera ensuite son bureau et son président. Loin de s’enfermer dans sa tour d’ivoire, l’équipe actuelle invite chacun à profiter du processus pour rejoindre le collectif et apporter ses idées. Rencontre avec son président.
Quelles sont les principales actions que vous retenez de votre troisième mandat de président du Stud-book Selle Français, qui s’achèvera l’an prochain?
Je retiendrais deux axes majeurs: le projet Génomique Filière et notre travail au sein de la Fédération mondiale de l’élevage des chevaux de sport (WBFSH). Le premier est un programme de recherche sur la génomique (étude des gènes et de leurs actions, ndlr), mené en commun avec plusieurs organismes de sélection – ceux des races d’hippodrome, du Selle Français, du cheval Arabe, du Poney Français de Selle et des équidés de travail. Ensemble, nous avons développé une puce d’analyse génomique, dite puce SNP, spécifique aux races équines françaises. Cette puce permettra, à partir d’échantillons d’ADN, d’analyser plus de soixante mille marqueurs du génome et donc de “génotyper” les chevaux. Concrètement, les éleveurs pourront bientôt, via un service rendu par le consortium, non seulement effectuer leurs contrôles de filiation, mais aussi accéder à des données complémentaires sur le génome de leurs chevaux. Cela ouvrira la voie à de nombreuses applications: détection du syndrome du poulain fragile ou de la myosite, identification de gènes de robe ou de taille, repérage de gènes délétères liés à la santé, voire valorisation de gènes favorables. Le Selle Français a joué, dès l’origine, un rôle moteur dans ce projet fédérateur. Sur le plan international, nous avons beaucoup œuvré au sein de la WBFSH pour faire avancer des sujets essentiels comme la transparence et la traçabilité de la semence des étalons et des embryons. Nous avons également proposé une charte du bien-être animal, aujourd’hui signée par l’ensemble des membres. Le Selle Français pèse désormais davantage dans les discussions et décisions de cette instance. Enfin, nous avons développé de nombreux outils périphériques à notre site internet – etalonssf.fr, mediasf.fr, jugesf.fr – afin d’offrir un accès plus direct et plus ciblé à une large palette de contenus.
Quels projets devront être lancés ou finalisés, selon vous, lors du prochain mandat?
Le chantier de la Génomique Filière va évidemment se poursuivre. Nous devrons aussi renforcer la sélection des Espoirs du complet, notre finale des chevaux de trois ans organisée chaque année lors du Mondial du Lion, pour qu’elle réponde mieux aux attentes des acteurs du concours complet. Je souhaite également encourager le développement de rameaux émergents de souches femelles, afin de diversifier les origines et de ne plus retrouver systématiquement les mêmes lignées. Ce sont là quelques pistes, mais le futur conseil d’administration aura naturellement vocation à porter ses propres projets.
À ce propos, serez-vous à nouveau candidat à la présidence?
Je n’ai pas encore pris ma décision. Les nombreux échanges que j’aurai à l’occasion de nos événements, m’aideront à trancher.
“Le sang neuf apporte des idées nouvelles, mais l’expérience assure la continuité”
Comment se déroule l’élection des membres du conseil d’administration?
Le Stud-book Selle Français est une association loi 1901. Ses adhérents sont répartis en six collèges, qui désignent chacun leurs représentants parmi les cinquante membres du conseil d’administration, selon la répartition suivante:
- Naisseurs et propriétaires de juments produisant en SF: trente représentants
- Propriétaires d’étalons: six représentants
- Secteur associatif des utilisateurs (activités techniques et commerciales, cavaliers, propriétaires, marchands, etc.): sept représentants
- Secteur associatif de l’élevage (antennes régionales, associations liées aux disciplines sportives, etc.): quatre représentants
- Propriétaires de Selle Français: deux représentants
- Personnes physiques intéressées par le SF, ne relevant d’aucun des collèges précédents: un représentant
Et quelle est la proportion de nouveaux membres élus à chaque mandat?
À chaque nouveau mandat, nous constatons un taux de renouvellement élevé, de 30% au minimum. Je crois que peu de structures présentent un tel chiffre!
Est-il plus important d’apporter du sang neuf ou de conserver ceux qui connaissent déjà les dossiers?
Les deux sont indispensables. Le sang neuf apporte des idées nouvelles, mais l’expérience assure la continuité. J’invite d’ailleurs toutes celles et ceux souhaitant s’engager à profiter des élections pour rejoindre le collectif et s’impliquer au sein du conseil d’administration: la représentativité de toute la filière est un enjeu essentiel.
À quoi les élus s’engagent-ils, notamment en termes de disponibilité?
Les contraintes sont moindres qu’autrefois, lorsque toutes les réunions des commissions ou du conseil d’administration se tenaient en présentiel, ce qui obligeait les représentants à quitter leur entreprise pendant toute une journée. Aujourd’hui, nous travaillons quasi exclusivement en visioconférence, y compris pour l’assemblée générale. Les conseils d’administration durent généralement entre deux et trois heures, et ont lieu trois ou quatre fois par an. Certains membres peuvent toutefois s’impliquer en parallèle dans des groupes de réflexion ou commissions thématiques – budget, génomique, encouragements, développement… – selon leurs compétences et centres d’intérêt.
Qu’est-ce que les membres retirent de cette implication?
La satisfaction d’être acteurs des évolutions, de contribuer aux orientations stratégiques, de faire valoir leurs idées et d’améliorer nos méthodes de travail.
Et quelle est l’ambiance au sein du conseil? Plutôt confraternelle ou parfois tendue?
L’ambiance est très bonne! Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu à gérer de désaccords profonds. Mon élection, donc le choix de mon programme, s’est faite à chaque fois à une très large majorité au sein du conseil d’administration, et a donc été largement validée. Néanmoins, il peut y avoir des choses sur lesquelles nous ne sommes pas tous d’accord, et certaines de mes propositions ne sont parfois pas retenues. Il est important que les gens puissent s’exprimer sereinement et sans animosité.
On pourrait pourtant imaginer quelques tensions, entre ambitions personnelles ou intérêts économiques, comme dans n’importe quel secteur d’activités…
Non, pas vraiment. Certains peuvent être concurrents en dehors du Stud-book, mais cela ne rejaillit ni sur notre fonctionnement ni sur notre travail commun. Les élus œuvrent pour le collectif. L’esprit est constructif, et l’ambiance amicale et sereine!
Les informations complètes concernant les statuts de l’association (missions, fonctionnement, composition et élection des collèges, etc.) figurent sur www.mediasf.fr/assemblees-generales/, grâce au lien “Statuts de l’association”
