En 2025, l’IFCE a poursuivi sa transformation dans un contexte budgétaire contraint
L’Institut français du cheval et de l’équitation a récemment publié son rapport d’activité 2025. Il y dresse le bilan d’une année marquée par une évolution de sa gouvernance, la consolidation de ses missions et une visibilité accrue. Dans un contexte budgétaire contraint, l’établissement poursuit sa transformation afin de renforcer son rôle au sein de la filière équine. Le bicentenaire du Cadre noir de Saumur constitue par ailleurs l’un des temps forts de cet exercice.
Importante pour l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), l’année 2025 a été marquée par le changement de sa direction générale, intervenu en novembre. Directeur de l’établissement pendant sept ans, Jean-Roch Gaillet a cédé sa place à Ludovic Pacaud, ancien délégué régional des Haras nationaux et directeur adjoint du cabinet d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture. Cette nomination s’inscrit dans la continuité d’une modernisation de l’établissement menée avec vigueur malgré les embûches. Ceci, à un moment où son existence même était contestée, sa raison d’être étant jugée floue et sa capacité à fédérer les acteurs d’une filière morcelée mise en question. Dans un contexte de restriction budgétaire qui ne lui laissait que peu de marges de manœuvre, des contrats d’objectifs et de performance (COP) successifs l’obligeant à se serrer la ceinture. L’évolution de l’IFCE ces dernières années lui permet désormais d’affirmer plus clairement son rôle d’acteur central, au croisement des enjeux agricoles, sportifs et patrimoniaux de la filière équine.
Le bicentenaire du Cadre noir
Événement clé de 2025 pour l’IFCE, la célébration du bicentenaire du Cadre noir, porte-drapeau de l’équitation de tradition française inscrite à l’UNESCO depuis 2011. Bien au-delà d’une simple célébration, cet anniversaire a mobilisé les équipes de l’établissement, à Saumur comme sur ses autres sites, ainsi que l’ensemble de ses partenaires, afin de déployer une programmation ambitieuse: déplacements en région, expositions, conférences, podcasts, animations lors des Journées européennes du patrimoine, rencontres avec d’anciens écuyers... Sans oublier la création d’un nouveau gala, “Destins liés”, présenté pour la première fois en septembre sous la direction du colonel Thibaut Vallette. Les actions de mécénat ont également été consolidées, notamment autour de l’édition d’un livre intitulé “Le Cadre noir de Saumur – Deux cents ans d’histoire”, publié aux éditions Albin Michel.
Le public a répondu favorablement à l’invitation, avec une fréquentation globale en hausse d’1,4%, et une augmentation de 33% du nombre de spectateurs des Galas. Ce bicentenaire a constitué un levier de valorisation du patrimoine équestre français et de son rayonnement. Il a rappelé que le Cadre noir n’est pas seulement un héritage historique, mais un acteur vivant au carrefour de la tradition et de l’innovation, et un vecteur d’attractivité touristique.
Des missions au cœur de la structuration de la filière
Dans une perspective plus structurelle, l’IFCE a continué en 2025 à structurer et consolider ses missions régaliennes au service de la filière. Parmi elles, la gestion du Système d’information relatif aux équidés (SIRE), qui fête cette année ses cinquante ans. Le système a entamé une rénovation en profondeur dont la finalisation est prévue à l’horizon 2029, avec l’objectif de faciliter les démarches aux utilisateurs tout en veillant de manière toujours plus rigoureuse a` la traçabilité sanitaire et zootechnique des équidés. Le tout, dans un cadre encore plus sécurisé y compris sur le plan informatique. Pour donner un ordre de grandeur, pas moins de 923.500 opérations administratives ont été réalisées en ligne l’an dernier, soit 39,4% du total, pour un chiffre d’affaires global de 10 millions d’euros. Le SIRE a aussi, une nouvelle fois, renforcé ses missions de contrôle et d’identification des équidés.
Pour la troisième fois consécutive, l’IFCE a également obtenu le label Grand INSEP, confirmant son rôle de centre d’excellence pour les sports équestres. Le rapport d’audit a souligné la singularité de son approche, capable d’accompagner à la fois l’athlète-cavalier et l’athlète-cheval vers le plus haut niveau de performance. D’ailleurs, Jean-Luc Force, nommé sélectionneur national de l’équipe Seniors de concours complet l’an passé, ainsi que la Fédération française d’équitation (FFE), ont souhaité profiter des attraits du site pour préparer les championnats d’Europe de Blenheim, dont la France est revenue médaillée de bronze. Ce partenariat pourrait s’élargir aux autres catégories de la discipline s’il se fluidifiait, aux dires du chef d’équipe. Sur le terrain, en revanche, la dresseuse Pauline Basquin et son formidable Sertorius de Rima*IFCE (Z, Sandro Hit x Voltaire) ont connu une année en demi-teinte. Une trajectoire que l’écuyère du Cadre noir compte bien rectifier en 2026, et dans la perspective de 2028 si l’opportunité lui en est offerte. Quoi qu’il en soit, l’établissement compte bien appuyer autant que possible la préparation du clan tricolore pour les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles.
Aussi, l’établissement a continué à accompagner les politiques publiques en apportant une expertise technique à l’État, notamment sur les enjeux sanitaires, réglementaires et économiques, tout en participant activement aux réflexions européennes. Il a contribué à produire et diffuser des connaissances utiles à la filière, dont une étude prospective de ce qu’elle pourrait devenir au niveau européen à horizon 2040, conduite par l’European Horse Network (EHN). Il s’est attaché à promouvoir l’attractivité des métiers dans une filière en tension, et à élargir l’éventail de ses formations en ciblant le bien-être équin et les usages utilitaires du cheval. Tout ceci, en assurant la promotion internationale de la filière française en Europe et à l’international, à l’aide de partenariats et actions concertés avec les fédérations équestres indonésienne et chilienne, ou l’organisation d’un job dating équestre en Chine, par exemple.
Enfin, l’IFCE tient un rôle central dans l’organisation des échanges au sein de l’association Filière cheval, qui vise structurer une interprofession dans la filière équine française. Elle se saisira de sujets majeurs cette année, dont le statut juridique du cheval en tant qu’animal de rente, les enjeux liés au transport d’équidés, divers dossiers sanitaires, mais aussi des problématiques fiscales parmi lesquelles la TVA.
Des résultats financiers sous contrainte mais maîtrisés
Dans un contexte budgétaire contraint, l’IFCE, toujours pénalisé par une masse salariale importante héritée des Haras nationaux, affiche des résultats économiques en cours de stabilisation. L’établissement a maintenu sa capacité d’investissement, notamment pour la modernisation de ses infrastructures (réhabilitation complète du bâtiment H des Écuries du bois au Pin-au-Haras, rénovation énergétique à Uzès, lancement de la réfection de la toiture du grand manège des écuyers à Saumur, etc.) et de ses systèmes d’information. Le solde budgétaire entre ses recettes propres et ses dépenses de fonctionnement hors masse salariale est devenu positif après des années de déficit. Un résultat que ses dirigeants considèrent comme un signal encourageant pour la soutenabilité à moyen terme de l’établissement.
L’établissement a bénéficié en 2025 de près de 39 millions d’euros de subventions, 31,7 millions provenant du ministère de l’agriculture, et 7,1 millions du ministère des sports. Dans un contexte où ces financements pourraient bien être revus à la baisse, il continue à renforcer la solidité de son modèle économique.
Les perspectives pour 2026
L’IFCE a abordé 2026 avec plusieurs priorités dont la principale sera d’initier l’élaboration du futur contrat d’objectifs et de performance 2028-2032. Seront aussi sur la table la poursuite de la modernisation du SIRE, le soutien à la préparation des équipes de France pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle ou encore l’appui aux évolutions de la structuration de la filière. En somme, l’ambition affichée par la nouvelle direction se résume en une formule: “Préserver l’excellence, moderniser nos outils, accompagner la filière: telle est l’ambition qui guide l’IFCE en 2026.”
