Le nouveau défi de Steve Guerdat, les forces françaises du complet et la folle histoire de Nicolas Sers au sommaire de GRANDPRIX
Steve Guerdat est à l’honneur de ce nouveau numéro de GRANDPRIX, en kiosques dès aujourd’hui. À quelques semaines des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, le champion suisse revient sur ses derniers mois de convalescence, son retour en compétition, la forme de ses chevaux et son rapport à la performance. La rédaction s’intéresse également aux forces tricolores du concours complet en vue de ce rendez-vous majeur, tout en dressant les portraits d’athlètes en vogue, du travailleur acharné Nicolas Sers à l’indémodable Carl Hester en passant par le jeune prodige belge Seppe Wouters. Côté élevage, les poneys sont à l’honneur avec l’étalon Roudoudou d’Hurl’Vent et le jeune Kassius K'Lays, digne descendant d’Armitages Boy, tandis qu’un autre article revient sur les actions menées par le Stud-book Selle Français en faveur des éleveurs de chevaux de dressage. Culture, style et sécurité complètent ce numéro, de l’univers de l’artiste franco-américaine Brooke Major à l’histoire de la licorne, sans oublier un dossier consacré aux innovations en matière de casques, d’airbags et d’étriers.
SPORT
Nicolas Sers raconte son histoire dans ce numéro.
© Mélina Massias
“J’ai toujours voulu laisser une trace dans ce sport”, Steve Guerdat
Steve Guerdat a pris ses distances. Longtemps très investi dans la défense de son sport, le champion suisse ne cherche plus à convaincre à tout prix ses pairs, même s’il continue d’exprimer son avis. L’occasion lui a été donnée lors d’une belle journée de printemps, au CSI 5* de Fontainebleau. Attaché aux concours traditionnels, surtout lorsqu’ils suscitent une véritable ferveur, il déplore l’essor des rendez-vous plus artificiels, aux tribunes sonnant parfois creux. À quarante-quatre ans, le champion olympique de 2012 et vice-champion de Paris 2024 a aussi changé de regard sur ses échecs sportifs, qu’il parvient davantage à relativiser, conscient de la trace qu’il a déjà laissée dans le jumping mondial. Reste que le Suisse garde un objectif clair en tête: tenter de décrocher un premier titre individuel aux Mondiaux, cet été, à Aix-la-Chapelle.
Nicolas Sers, l’histoire derrière un homme qui divise
Il est atypique, solitaire, parfois déroutant. Son équitation ne fait pas toujours l’unanimité, son système tourne à rebours des standards du haut niveau et son parcours ressemble davantage à une succession de combats qu’à une trajectoire toute tracée. Pourtant, en l’espace de deux saisons seulement, Nicolas Sers s’est imposé comme l’une des révélations françaises du saut d’obstacles. Aux rênes d’Eleven de Riverland, immense bai qui revient de loin, lui aussi, le Corrézien de trente-six ans a gravi les échelons jusqu’aux Coupes des nations et aux Grands Prix 5*. Derrière cette ascension remarquable se cache un personnage aussi singulier que son histoire, et un très grand travailleur.
Onze cavaliers et seize chevaux à la disposition de Jean-Luc Force
Comme ceux de para-dressage, de dressage et de saut d’obstacles, les championnats du monde de concours complet, également programmés cet été à Aix-la-Chapelle, seront qualificatifs pour la compétition par équipes des Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Si la France semble largement capable d’obtenir l’un des sept tickets en jeu, le parc de la Soers n’est pas vraiment son terrain de prédilection. Espérant un meilleur résultat que la septième place obtenue par le Coq lors des premiers Mondiaux disputés à Aix, en 2006, Jean-Luc Force, sélectionneur national, et son équipe d’encadrement technique peuvent compter sur onze cavaliers et seize chevaux, tous qualifiés pour ce sommet planétaire. Tour d’horizon des forces en présence à moins de deux mois de la date butoir des engagements.
“J’avais presque oublié le plaisir de concourir loin de la pression de l’équipe nationale”, Carl Hester
Considéré par beaucoup comme un exemple, voire un maître pour certains, Carl Hester entend bien continuer à faire briller les yeux de ses admirateurs pour quelque temps encore. En début de saison, le Britannique, dévoué depuis plusieurs décennies à son équipe nationale à travers ses rôles de cavalier et d’entraîneur privé, a retrouvé le plaisir de participer à de grands événements sans la pression du drapeau. Une sensation qu’il avait presque oubliée après près de sept ans sans disputer le moindre concours de niveau 5*, hors championnats. Rencontré au Printemps des sports équestres de Fontainebleau, mi-avril, le jovial natif de l’île anglo-normande de Sercq n’a esquivé aucune question. Il évoque les enseignements qu’il a tirés des scandales ayant éclaboussé son ancienne élève, Charlotte Dujardin, mais aussi la douleur provoquée par la disparition de Valegro et de Uthopia, le cheval de sa vie. Près de trente-quatre ans après sa première participation aux Jeux olympiques, ce grand témoin de l’évolution du dressage livre son regard sur les mutations actuelles de la discipline, tout en se confiant sur les nouvelles orientations qu’il souhaite donner à sa carrière et, plus largement, à sa vie.
Seppe Wouters, le prodige qui a séduit Clarbec
À dix-sept ans, le Belge Seppe Wouters a déjà tout d’un grand. Vainqueur, en février dernier, de l’un des Grands Prix du Mediterranean Equestrian Tour d’Oliva, en Espagne, avec Quito de Mariposa, désormais monté par Jérôme Guéry, le cavalier peut également se targuer d’avoir remporté le championnat de Belgique des chevaux de cinq ans, à Gesves, alors qu’il n’était lui-même âgé que de… quinze ans! Pouvant aussi compter sur plusieurs montures appartenant au haras de Clarbec de Geneviève Megret, le jeune cavalier semble promis à une belle carrière et fait l’objet de louanges de la part de plusieurs acteurs du sport. Portrait.
S’installer dans le bon galop pour sauter
“Le bon saut, du moins le meilleur possible, est tributaire de la course d’élan qui le précède”, énonce Arnaud Boiteau. Par “course d’élan”, le cavalier veut bien entendu parler du fameux “bon galop” qui semble facile, mais reste pourtant si difficile à obtenir… et à conserver! Le multi-médaillé international de concours complet, retiré de la compétition depuis février 2025, écuyer du Cadre noir de Saumur, agent de l’Institut du cheval et de l’équitation ou encore coentraîneur du Pôle France FFE Relève de complet, livre son mode d’emploi en la matière. Ou comment galoper correctement pour aller sauter.

Benjamin Massié fait partie des complétistes tricolores à avoir de bonnes chances d'être sélectionné aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle. Crédit Dirk Caremans/Hippo Foto
ÉLEVAGE
Roudoudou d'Hurl'Vent est l'étalon à être mis en lumière ce mois-ci.
© Collection privée
Roudoudou d’Hurl’Vent, le bonbon du PFS
Ils ne sont pas légion, les étalons poneys performeurs en Grands Prix dotés de solides origines et affichant une production confirmée au plus haut niveau international. Le Poney Français de Selle Roudoudou d’Hurl’Vent est donc un objet rare, plébiscité de ce fait par les éleveurs. Ce phénomène présente l’originalité de voir sa carrière de reproducteur gérée par son ancienne cavalière, Lona Giry, qui en est restée propriétaire. Portrait d’une star montante, haut du panier d’un élevage d’Hurl’Vent lui-même de tout premier ordre.
Kassius K’Lays, le sang d’Armitages Boy version poney
Finaliste des Grandes Semaines de concours complet et de saut d’obstacles en 2024 comme en 2025, Kassius K’Lays figure parmi les étalons poneys les plus prometteurs de sa génération. Leader du top 100 de la Société hippique française à quatre ans en saut d’obstacles, il a atteint la deuxième place de ce classement en concours complet l’année suivante, notamment grâce à un titre de vice-champion de France décroché à Pompadour. Désormais âgé de six ans, ce fils d’Armitages Boy, issu d’une souche maternelle de qualité, entame également une carrière de reproducteur. Né aux écuries des Lays, où son éleveuse Sophie Maurocordato veille toujours à sa reproduction, l’alezan est aujourd’hui valorisé par son propriétaire, Simon Robichon.
Le dynamisme du Selle Français profite aux éleveurs tricolores de chevaux de dressage
Développant un partenariat avec France Dressage depuis plusieurs années, le Stud-book Selle Français a mis en place diverses mesures afin d’accueillir et accompagner au mieux les éleveurs tricolores de chevaux de dressage. Les équipes du livre de race tricolore, numéro un mondial en saut d’obstacles, souhaitent voir les éleveurs de cette autre discipline profiter du dynamisme du Selle Français.
STYLE ET CULTURE
Brooke Major présente ses oeuvres dans un article dédié.
© Collection privée
Veste de compétition, la couleur en signature
Le temps où les vestes de compétition étaient toutes uniformément noires est bel et bien révolu. Aujourd’hui fleurissent sur les terrains de concours des modèles qui vont piocher dans tous les tons du nuancier Pantone… ou presque! Mais d’où vient cette verve bigarrée? Pourquoi certains cavaliers tiennent-ils tant à se démarquer en portant une veste de concours de couleur spécifique?
Brooke Major, la palette d’une artiste éleveuse
Dans son haras niché près des plages du Calvados, l’artiste Brooke Major façonne le vivant autant que la matière. Installée en France depuis plus de vingt ans, l’Américaine y développe à la fois une œuvre sculpturale monochrome, reconnaissable entre toutes, et un élevage de Selle Français tourné vers le saut d’obstacles. À travers Dada Sport Horses, elle brouille les frontières entre création artistique et quotidien d’une femme de cheval, jusqu’à considérer les athlètes qu’elle fait naître et mûrir comme le prolongement vivant de son œuvre.
La licorne, aussi fantasque que réelle
Jusqu’au 15 juillet, le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge, à Paris, propose une formidable exposition intitulée “Licornes!”, initialement présentée et conçue par le Museum Barberini de Potsdam, en Allemagne. À travers des pièces emblématiques, la genèse de cet animal onirique est expliquée et décortiquée, tout comme son évolution à travers les siècles. Car s’il est bien une chose certaine, c’est que les licornes – bien qu’imaginaires – peuplent notre quotidien et s’emparent des problématiques sociétales. Kitsch ou, au contraire, extrêmement poétique, l’animal mythologique semble présenter mille visages. Fantasque, la bête échappe à tout standard, se renouvelant perpétuellement.
AUTRES
Le monde pointu de nos casques ronds
Assurer sécurité, confort et esthétisme: pour le secteur des casques, ce triptyque régit toutes les innovations! L’équipement phare de sécurité, également devenu entre-temps accessoire à la pointe de la mode, est désormais indissociable de l’équitation moderne. Accompagné par le contrôle de ses normes de sécurité, le casque ne cesse de se parer d’innovations au fil des ans. Les fondateurs et responsables de plusieurs grandes marques françaises et italiennes ont accepté de faire le point sur ces dernières, quitte à ce qu’elles bousculent notre confortable fourmilière d’opinions. Bouclez vos jugulaires!
L’airbag pour enfants, la protection qui rassure petits et grands
Depuis sa première commercialisation dans les années 2000, le gilet airbag s’est imposé comme un équipement de protection à part entière, devenant même un standard dans certaines disciplines comme en saut d’obstacles ou sur le cross. Initialement pensé pour les adultes, le marché de l’airbag se tourne désormais vers la jeune génération afin de lui offrir la même protection qu’à ses aînés. Cette évolution des habitus est portée par une prise de conscience de la pratique d’un sport accidentogène, doublée d’un besoin d’être rassurés pour les parents. Caractéristiques techniques, prix ou encore utilité selon l’usage: zoom sur un marché qui se développe doucement, mais sûrement.
À chaque discipline son étrier
Avec deux branches, un plancher et un anneau de suspension, l’étrier semble avoir atteint sa forme définitive depuis plusieurs des siècles. Pourtant, voilà une vingtaine d’années que cet équipement, aussi discret qu’indispensable, ne cesse de se réinventer. Les innovations en matière de sécurité, d’ergonomie et de matériaux se multiplient, affinant son utilisation selon sa pratique sportive. S’ils choisissent leur selle ou leur casque en fonction de leur discipline, rares sont les cavaliers à appliquer cette même rigueur aux étriers. Pourtant, c’est désormais possible. Le point sur la question.
