Face aux fortes chaleurs, les chevaux dépendent entièrement de nos décisions

Quarante degrés. À partir de ce seuil, la question n’est plus de savoir si l’on aura chaud, mais comment protéger celles et ceux qui doivent malgré tout travailler ou performer. Les humains peuvent chercher un peu d’ombre, repousser une sortie entre amis, remplir une gourde ou allumer un ventilateur. Les chevaux, eux, n’ont pas cette liberté. Ils dépendent entièrement des décisions prises par celles et ceux qui vivent à leurs côtés, les transportent, les entraînent ou les engagent en compétition. Et c’est peut-être la première leçon de l’intense vague de chaleur qui a frappé la France en ce début d’été. 



Le 21 juin dernier, jour de la traditionnelle fête de la musique, les places de certaines communes sont restées désertes, des marathons ont été annulés à quelques heures du départ et des compétitions sportives reportées sur décision préfectorale. Des choix toujours douloureux, car derrière chaque événement se cachent des mois de travail, des partenaires engagés, des milliers d’euros déjà investis, et souvent des bénévoles mobilisés. 

Face à ces épisodes météorologiques extrêmes, il n’existe sans doute pas de réponse parfaite, seulement des arbitrages complexes. Le monde équestre n’échappe pas à cette équation et sera, comme l’ensemble du mouvement sportif, amené à adapter progressivement ses pratiques pour préserver à la fois les chevaux, les cavaliers et tous ceux qui font vivre les concours. Car la question ne se résume pas à savoir si un cavalier ou un spectateur supportera quelques degrés de plus. Le cheval, lui, ne choisit ni son horaire de passage, ni l’intensité de l’effort qui lui est demandé. Et si son image est volontiers associée aux grands espaces et à la vie au grand air, la réalité physiologique est plus nuancée. 

De multiples études scientifiques, récapitulées dans une fiche dédiée récemment publiée sur le site de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), estiment que la zone de confort thermique de l’animal se situe approximativement entre cinq et vingt-cinq degrès. Au-delà, surtout lorsque l’humidité augmente ou que l’exercice se prolonge, sa capacité à réguler sa température corporelle peut être mise à rude épreuve. Si le principal mécanisme de refroidissement du cheval repose sur la transpiration, particulièrement abondante à l’effort, cette stratégie a ses limites. 

Son gabarit joue contre lui : les muscles produisent beaucoup de chaleur pendant l’effort, mais son organisme ne peut pas toujours l’évacuer aussi vite qu’elle est générée. Lorsque celle-ci s’accumule, le risque n’est plus seulement celui d’une baisse de performance. Déshydratation, déséquilibres métaboliques, coup de chaleur ou, dans les cas les plus sévères, atteintes neurologiques sont autant de complications bien documentées par la littérature vétérinaire. Le sport de haut niveau a déjà compris qu’il fallait s’adapter. La Coupe du monde de football organisée au Qatar, en 2022, avait été décalée en plein hiver afin d’éviter les températures extrêmes, preuve que le calendrier lui-même n’est plus intangible lorsque les conditions climatiques l’imposent. Et le monde équestre n’échappe pas à cette évolution ! La Fédération équestre internationale (FEI), par exemple, s’appuie désormais sur des indices combinant température, humidité, ensoleillement et vent pour adapter le programme des concours internationaux. 

Pourtant, sur le terrain, chaque organisateur de concours connaît le dilemme : maintenir l’événement malgré des conditions extrêmes, ou accepter une annulation qui peut mettre en péril un équilibre économique déjà fragile. C’est sans doute une réflexion que la filière devra mener collectivement. Les assurances événementielles couvrent déjà certains aléas météorologiques, mais les épisodes de chaleur extrême, appelés à devenir plus fréquents et plus intenses sous l’effet du dérèglement climatique, devront être pleinement intégrés dans les modèles économiques des compétitions. Sans cela, les décisions prises dans l’intérêt du bien-être des chevaux et de la sécurité de tous risquent de peser sur les seuls organisateurs…

Cet éditorial a été publié dans le magazine GRANPRIX 178.