“J’aimerais emmener Zia Mia de la Bonn jusqu’en CSI 5*”, Édouard Chauvet
Le week-end dernier, à l’occasion du Grand Prix du CSIO 3* de Lisbonne, Édouard Chauvet a signé l’un des plus beaux résultats de sa carrière en selle sur Zia Mia de la Bonn. Entre ambitions sportives, regard lucide sur la concurrence française et attachement particulier à cette jument qu’il forme depuis son plus jeune âge, le Tricolore revient sur un week-end marquant, dans un concours qu’il rêvait de disputer depuis l’enfance. Il évoque également son parcours atypique, qui l’a mené du concours complet au saut d’obstacles de haut niveau.
Le week-end dernier, vous avez signé l’une des meilleures performances de votre carrière avec une deuxième place dans le Grand Prix du CSIO 3*?de Lisbonne. Quel regard portez-vous sur cette performance?
Ce résultat a une saveur particulière, parce Zia Mia de la Bonn est une jument que nous avons formée de A à Z avec sa propriétaire (Sonia Chambry, ndlr). D’ailleurs, nous fonctionnons avec un système assez atypique pour un cheval de ce niveau: la jument reste chez sa propriétaire, qui la monte au quotidien, et elle me l’amène uniquement pour certaines séances spécifiques sur le plat ou à l’obstacle, ainsi que pour les concours. Nous travaillons ainsi depuis ses cinq ans et, aujourd’hui, elle affiche une grande régularité au plus haut niveau, preuve que cette organisation fonctionne parfaitement. J’étais également très heureux qu’Édouard Coupérie et Olivier Guillon m’appellent pour aller à Lisbonne. C’est un concours mythique, avec une atmosphère très “à l’ancienne”, et y performer comptait énormément pour moi. Depuis tout petit, je voyais des cavaliers que j’avais en poster dans ma chambre prendre le départ de ce Grand Prix et y briller. Cette fois, c’était à mon tour. Forcément, c’était une immense fierté.
Au regard de vos résultats, le CSIO de Lisbonne semble vous avoir particulièrement réussi. Comment vous y êtes-vous senti?
Il s'agissait de ma première participation à ce concours. Il n’avait plus eu lieu depuis 2022, donc je le découvrais totalement. La piste est incroyable, d’une qualité exceptionnelle, et je m’y suis senti tout de suite très à l’aise. Et puis, l’ambiance portugaise est formidable. Nous avons été extrêmement bien accueillis et toutes les conditions étaient réunies pour passer un excellent week-end.
Bien qu’engagé à Lisbonne, vous n’avez pas pris le départ de la Coupe des nations. Comment avez-vous accueilli le choix du staff fédéral?
Avant même de prendre la route vers le concours, je savais que je ne participerais pas à la Coupe des nations. Au vu de l’équipe présente à Lisbonne, il était logique que je sois le cinquième homme. Je suis toujours très fier de participer à un CSIO lorsque j’en ai l’occasion, donc quand Édouard Coupérie ou Olivier Guillon m’appellent, c’est forcément une grande satisfaction. J’ai déjà eu l’opportunité de disputer des Coupes des nations, notamment à Kronenberg, mais cette fois, au regard des couples sélectionnés et de la dynamique du moment, cette décision était tout à fait cohérente. J’étais surtout là pour soutenir mes coéquipiers. Dans un CSIO, l’esprit d’équipe compte énormément, et nous avons tous vécu un excellent week-end ensemble. Je n’ai ressenti aucune frustration à l’idée de ne pas prendre part à cette Coupe des nations.
En septembre 2022, vous aviez remporté le Grand Prix 3* de Canteleu. Ce podium décroché à Lisbonne a-t-il une saveur comparable?
Lorsque l'on prend le départ d’une épreuve, c’est toujours avec l’envie de gagner. Alors forcément, terminer deuxième procure beaucoup de satisfaction, mais laisse aussi un léger goût d’inachevé. À mes yeux, une deuxième place à Lisbonne a presque davantage de prestige qu’une victoire dans un autre CSI 3*, comme celui de Canteleu. Mais une victoire reste une victoire: il y a La Marseillaise, et une émotion particulière. C’est donc un mélange de bonheur et de frustration, d’autant plus quand on sait qu’à quelques centièmes près, le résultat aurait aussi pu basculer en notre faveur.
Selon vous, un week-end comme celui-ci permet-il aussi d’envoyer un message au staff français quant à votre niveau de forme actuel?
Oui, forcément. Tous les week-ends, nous essayons d’envoyer des messages au staff français à travers nos performances. Mais nous avons aussi la chance d’avoir une nation extrêmement forte, avec énormément de cavaliers compétitifs. Ce type de résultat compte, bien sûr, mais une seule performance ne suffit pas. Ce qui importe vraiment, c’est la régularité et la capacité à s’installer durablement à ce niveau. Si cela permet d’attirer l’attention des sélectionneurs, tant mieux. Mais je reste lucide : beaucoup de couples peuvent prétendre à ces sélections. Si l’on me rappelle, j’en serai évidemment très heureux. Sinon, je continuerai simplement à travailler.
Édouard Chauvet et Zia Mia de la Bonn au CSIO 3* de Deauville, l'an passé.
© Pixels Events
“Cette deuxième place obtenue à Lisbonne peut me permettre d’envisager un programme un plus ambitieux”, Édouard Chauvet
Cette deuxième place dans un Grand Prix 3* a-t-elle une incidence sur vos objectifs pour la suite de la saison?
Oui, lorsque l’on commence à atteindre ce niveau, l’objectif devient d’obtenir des sélections et surtout d’accéder aux plus beaux concours. L’idée est aussi d’aller chercher des points au classement mondial et d’attirer l’attention des sélectionneurs. Cette performance peut me permettre d’envisager un programme un peu plus ambitieux que celui que j’avais imaginé au départ. Mais le plus important reste de continuer à performer avec régularité.
Vous sentez-vous prêt à enchaîner d’autres podiums sur des CSI(O) 3*, voire à performer à un niveau supérieur?
Oui, bien sûr. Ma jument est aujourd’hui dans un âge de pleine maturité et je la connais parfaitement. De mon côté, j’ai aussi gagné beaucoup d’expérience à ce niveau et je me sens bien plus à l’aise qu’il y a quelques années. Réaliser régulièrement ce type de performances, avec des sans-faute, des classements et de bons résultats dans ces Grands Prix, est tout à fait envisageable. C’est d’ailleurs ce qu’elle démontre déjà depuis plusieurs saisons. J’espère simplement que nous pourrons continuer à évoluer ainsi le plus longtemps possible.
Ce n’est pas seulement un grand résultat pour vous, c’est aussi une très belle performance pour votre jument Zia Mia de la Bonn, qui est âgée de quatorze ans. Selon vous, a-t-elle encore le potentiel pour évoluer à un niveau supérieur?
Oui, et j’ai aussi un objectif personnel avec elle. J’ai commencé ma carrière en concours complet, en évoluant du plus petit niveau jusqu’en 5*. Aujourd’hui, j’aimerais poursuivre avec cette jument en saut d’obstacles, c’est-à-dire l’emmener, elle aussi, du plus petit niveau jusqu’en CSI 5*, donc jusqu'en Grand Prix à 1,60m. Elle a déjà obtenu plusieurs classements sur des épreuves à 1,55m et je pense sincèrement qu’elle possède le potentiel pour évoluer encore plus haut. Après, cela dépendra aussi des sélections et des opportunités, mais c’est l’objectif sur lequel nous travaillons au quotidien.
Vous êtes à la tête d’une écurie de formation près de Saumur. Comment parvenez-vous à articuler vos différentes activités?
Mon activité principale reste la formation professionnelle. Cela fait maintenant presque dix ans que je travaille dans ce domaine et nous accueillons chaque année une cinquantaine d’élèves au sein du centre. Concrètement, les lundis et mardis sont principalement consacrés à la formation. Je monte un peu avant, entre midi et 14h ou le soir, puis le reste de la semaine est davantage dédié aux jeunes chevaux et aux chevaux de sport. Nous avons une équipe pédagogique composée d’environ huit personnes, ce qui me permet aussi d’avoir du temps pour les jeunes chevaux. Ce que je trouve passionnant, c’est que ces élèves représentent les futurs professionnels de la filière. On crée des liens forts et cela permet surtout de transmettre. Pour moi, continuer à faire du sport de haut niveau tout en participant à la formation de la génération suivante est essentiel si l’on veut que la filière continue à se développer durablement.
Vous avez fait vos débuts sur la scène internationale en concours complet. Qu’est-ce qui vous a poussé à orienter ensuite votre carrière vers le saut d’obstacles?
J’ai toujours pratiqué le saut d’obstacles en parallèle du concours complet. J’ai eu la chance de monter plusieurs chevaux exceptionnels, qui m’ont permis d’évoluer à haut niveau en complet, avec notamment un championnat d’Europe Jeunes Cavaliers, les championnats du monde U25 à Bramham ou encore le CCI 5* de Pau. J’ai toujours essayé de m’adapter aux qualités des chevaux que je montais. Ensuite, il y a aussi eu une réalité économique (notamment évoquée par Cyril Gavrilovic). Le concours complet demande énormément d’investissement personnel pour relativement peu d’épreuves dans l’année. C’est une discipline magnifique, mais parfois frustrante. À l’époque, il y avait peu de commerce et des gains étaient assez faibles. J’étais jeune, en train de construire ma carrière, et cela représentait beaucoup d’investissement pour un retour limité. Cette réorientation est devenue un choix à la fois sportif, économique et professionnel. le concours complet discipline que je respecte énormément et que j’apprécie toujours beaucoup. Aujourd’hui, je suis pleinement tourné vers le saut d’obstacles, qui me passionne tout autant.
