“La pression est bien moins forte qu’avant les JO de Paris 2024”, Olivier Perreau

Cet après-midi, Olivier Perreau participe pour la première fois à la Coupe des nations Barrière du CSIO 5* de La Baule. Associé à Dorai d’Aiguilly*GL events, le Rhônalpin espère continuer sur une lancée positive qu’il a initiée l’automne dernier. Acteur majeur de la médaille de bronze arrachée par l’équipe de France aux Jeux olympiques de Paris 2024 et vainqueur du Grand Prix Coupe du monde Longines de Lyon l’automne dernier, le couple fait figure de valeur sûre en vue des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, où la France devra se qualifier pour les JO de Los Angeles 2028. Hier, à douze jours de son quarantième anniversaire, et un peu moins de trois mois après le décès de son père, Claude, Olivier Perreau s’est posé un moment pour parler de sport, mais aussi d’élevage.



Dans quel état d’esprit êtes-vous?

Je suis content d’être ici, à La Baule, et de représenter la France dans la Coupe des nations Barrière. Je participe à cet Officiel de France pour la quatrième année consécutive, mais je n’avais encore jamais eu l’opportunité de participer à cette épreuve, alors j’ai hâte d’y être et de tout donner pour la France.

Vous n’avez engagé Dorai dans aucune épreuve avant la Coupe. Auriez-vous adopté une telle stratégie il y a un ou deux ans?

Non, sûrement pas. Depuis, j’ai gagné en expérience, tout comme Dorai, qui connaît bien ce terrain et a parfaitement sauté quelques obstacles mercredi lors de la familiarisation. Ce programme convient mieux à ma jument, qui a pu vivre une journée plus tranquille hier. Et puis, en championnats, on ne saute pas d’épreuve à 1,45m le premier jour; il faut être capable d’entamer sa semaine en affrontant un parcours plus haut, et en allant vite.

Depuis l’automne dernier et notamment votre victoire dans le Grand Prix Coupe du monde Longines de Lyon, le 2 novembre 2025, le couple que vous formez avec GL events Dorai d’Aiguilly (SF, Kannan et Bijou Orai par Toulon) suit une courbe aussi régulière que positive…

Oui, en effet. Nous avions vécu deux belles années en 2023 et 2024, mais cette période fut très intense pour Dorai comme pour moi. Nous disputions chaque épreuve ou presque avec la pression de prouver notre valeur et d’obtenir de bons résultats. Après les Jeux olympiques de Paris 2024, il y a eu une forme de relâchement, pour elle comme pour moi. Et avec le recul, même si nos résultats ont été moins bons pendant un an, je pense que ce n’était pas plus mal. 

Après un temps de réflexion, nous sommes repartis dans une dynamique positive. Je situerais le point de départ au CSIO 5* de Barcelone, un petit mois avec le CHI Longines d’Equita Lyon. Depuis le début de l’année, nous alternons les concours avec des enjeux sportifs et ceux où Dorai évolue sans la moindre pression. Compte tenu de son expérience, de son âge (treize ans, ndlr) et de son palmarès, elle n’a plus rien à prouver. Pour nous, il s’agit surtout de s’adapter à elle et de la maintenir en forme physiquement et mentalement. Depuis que j’ai adopté ce rythme, tout se passe pour le mieux à en juger par ses performances au CSIO 5* d’Abou Dabi (où le couple a signé un double sans-faute en Ligue des nations Longines, avant de se classer quatrième du très sélectif Grand Prix, ndlr), puis aux CSI 5* de Fontainebleau (où le duo s’est classé onzième du Grand Prix en ne concédant qu’une petite faute, ndlr) et Madrid (où le duo a terminé neuvième du Longines Global Champions Tour après deux bonnes épreuves à 1,60m et 1,55m en Global Champions League, ndlr).

Pour autant, il ne faut jamais être sûr de rien. Avec les chevaux, mieux vaut toujours rester prudent.

Vous faites quand même figure de valeur sûre pour l’équipe de France en vue des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle…

Tout se passe bien, mais les compteurs sont remis à zéro avant chaque grand concours, et notamment avant ce CSIO 5* de La Baule, à l’entrée de la dernière ligne droite en vue des sélections pour ces Mondiaux… En tout cas, c’est mon objectif de l’année. J’adore ce format de championnats et j’espère en disputer un troisième après les championnats d’Europe de Milan en 2023 et les JO de Paris 2024.

Le vécu très positif de Dorai sur l’immense piste d’Aix-la-Chapelle plaide en votre faveur, puisque vous vous étiez classés dixièmes du Prix de l’Europe et dix-septième du Grand Prix Rolex en 2023, avant de réussir une bonne Coupe des nations (zéro puis huit points) et un bon Grand Prix (quatre points) en 2025…

Oui, ma jument se sent bien et se comporte très bien sur cette piste. L’an passé, elle a sauté sans crainte le double de bidets (oxer-vertical tel qu’utilisé en première manche en 2025, ndlr), qui constitue l’un des défis d’Aix-la-Chapelle. Désormais, elle connaît tous les profils d’obstacles et a toute l’expérience de cette piste. Nous verrons où nous mène cette dernière ligne droite, mais je dois dire que la pression que je ressens est bien moins forte qu’il y a deux ans, en amont des JO de Paris. À nous de démontrer notre niveau; et si nous sommes en forme, nous serons sûrement sélectionnés.



“Himalaya et Léopard ont tous deux le potentiel pour performer à haut niveau”

Olivier Perreau est aussi présent à La Baule avec Himalaya du Temple

Olivier Perreau est aussi présent à La Baule avec Himalaya du Temple

© Sportfot

Après La Baule, quel pourrait être le programme de concours de Dorai en vue des championnats du monde?

Pour l’instant, l’idée est de l’engager au CSI 4* de Chantilly Classic (prévu mi-juillet, ndlr), puis au CSI 5* de Riesenbeck (organisé la semaine suivante, ndlr). Je ne lui ferai pas forcément sauter les Grands Prix, mais tâcherai de la garder dans le rythme.

Outre sa qualification olympique, que peut viser la France à Aix-la-Chapelle?

Je pense que la France peut croire en ses chances, comme en 2024. La qualification pour les JO sera évidemment la priorité, mais Aix-la-Chapelle est un terrain tellement génial qu’on a envie de faire encore mieux et de viser le podium.

Quid de vos autres chevaux? Comment jugez-vous l’évolution d’Himalaya du Temple (SF, Toulon x Radieux), cinquième du championnat de France Pro Élite au Printemps des sports équestres, fin avril à Fontainebleau, et celle de Léopard des Joanins (Z, L’Arc de Triomphe x Quick Star)?

Je me sens chanceux de monter ces deux très bons chevaux de neuf ans, que m’ont confiés respectivement Claude Astier et Stéphane Monier. Ce sont deux chevaux différents, mais pétris de qualités l’un comme l’autre. Tous deux ont le potentiel pour performer en Grands Prix et à haut niveau. Himalaya l’a prouvé au Printemps des sports équestres. 

Je monte aussi de très bons chevaux de huit et sept ans. J’ai l’impression de dire cela tous les ans, mais c’est vrai. Pour pérenniser notre écurie de sport et notre élevage d’Aiguilly, il faut vendre des chevaux, y compris les bons, mais j’espère pouvoir en conserver quelques-uns pour mon avenir sportif.



Parmi les jeunes pousses d’Aiguilly, avez-vous décelé quelques promesses?

Chaque année, beaucoup de poulains nous semblent prometteurs, et nous faisons tout pour réussir les meilleurs croisements possibles et bien élever nos produits, mais de là à dire que l’un d’eux suivra le même chemin que GL events Venizia d’Aiguilly (SF, Diamant de Semilly x Quick Star) ou Dorai, il y a un monde. Faire des naître des chevaux, c’est facile, mais il est autrement plus difficile d’assumer leur formation, leur valorisation et leur commercialisation – dans la meilleure maison possible, pour le meilleur cavalier possible.

Pour y parvenir, nous nous attachons à développer nos réseaux, à trouver des investisseurs pour des chevaux prometteurs, et continuons à développer les écuries, agrandir et faire évoluer les installations pour le confort des chevaux et des personnes qui travaillent auprès d’eux. Il faut de plus en plus de personnel et de temps à consacrer à tout cela, mais nous devons poursuivre nos efforts. Je pense qu’on reverra des chevaux d’Aiguilly en Grands Prix. En championnats, je l’espère aussi. En tant qu’éleveurs, si nous parvenons déjà à obtenir une troisième sélection avec Dorai, nous serons très fiers du chemin parcouru. Lorsque je crois vraiment en certains chevaux, j’essaie désormais d’en vendre une partie pour partager l’aventure avec quelqu’un d’autre et voir où cela nous mène.

Comment s’est passée la saison des poulinages? Avez-vous déjà vendu quelques foals?

Plutôt bien. Nous avons eu quatorze poulains et en attendons encore deux ou trois. La vente sous la mère n’est pas une priorité, mais nous recevons quelques demandes. Vu la taille de nos effectifs, nous montrons volontiers nos poulains à quelques personnes, surtout à des amis, et en vendons quelques-uns de temps en temps.

Quelle stratégie adoptez-vous quant aux choix des étalons pour vos croisements?

J’ai tendance à favoriser des valeurs sûres, des mâles éprouvés sportivement et issus de bonnes souches. Il me semble positif d’utiliser de étalons prometteurs de quatre et cinq ans, mais il faut les connaître et je ne pas assez familier des circuits d’élevage pour me lancer et faire les meilleurs choix.

Au printemps, vous avez perdu votre père, Claude, qui a courageusement lutté contre la maladie de Charcot. Le sport, l’élevage, votre parcours: tout ou presque vous ramène à lui…

Oui, il m’a énormément appris à tout point de vue. Nous avons partagé beaucoup de choses. C’est grâce à mes parents que je suis tombé là-dedans. J’étais au Grand Palais pour le Saut Hermès quand il nous a quittés. Nous nous sommes parlé au téléphone la veille de son décès. Je pense souvent et beaucoup à lui…



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